Retour de Grandaddy, le mythique groupe de rock alternatif californien, à l’occasion d’une soirée inoubliable en ouverture du festival Arte à la Gaité Lyrique. Ou comment deux décennies au contact du Wild West peut ouvrir les yeux sur ce qui se trame pour notre planète.

Des grands-pères devins et poètes de notre futur

Quand Grandaddy avait splité, en 2006, c’est toute une génération de fans, trentenaires ou quarantenaires, qui s’étaient retrouvés orphelins. Révélés par leur remarquable Under the Western Freeway (1997), confirmés par The Sophtware Slump (2000), le groupe atteignait l’apothéose avec Sumday (2006) et ses titres célestes comme Now It’s On ou encore I’m On Standby.

Dix ans plus tard, on retrouve Jason Lytle, le compositeur-parolier-bassiste-leader du groupe et ses acolytes (dont le très regretté
Kevin Garcia
pour un de ses tout derniers lives avant son décès tragique) avec des allures de gentils bûcherons de l’Ouest américains (barbe, « flannels » et jeans tombants) avec Last place (2017). Un album à la hauteur de ce retour inespéré. Grandaddy (« le grand père » en anglais), c’est cette musique unique en son genre, comme une plante rare, exotique et délicate. Qualifiée par certains de rock alternatif, par d’autres comme une nouvelle forme de space rock. Planante, aérienne, cette musique monte ce soir, en boucles et nappes, dans la salle de la Gaîté Lyrique.

Un son cristallin et psychédélique, comme si les Pink Floyd s’étaient réincarnés à l’heure du 2.0, des catastrophes environnementales et politiques.

En illustration – photo bio de leur nouvel album, Last place, on aperçoit nos cinq gaillards dans des combinaisons de protection radiologique nucléaire. Ainsi déguisés en experts ès catastrophe atomiques, ils consultent d’un air grave des croquis savants sur un grand cahier. Ils se trouvent, comme on l’aperçoit en arrière fond, en pleine nature : le vert de l’herbe sauvage jure avec le blanc de leur revêtement et le danger qu’ils incarnent.

Kevin Garcia Grandaddy live

Jason Lytle et Kevin Garcia en live lors du Festival Arte à la Gaîté Lyrique de Paris © Rémy Grandroques, courtesy Arte.

 
C’est ce même message écolo, ironique, subtile, efficace, qui vient en tête ce soir face au grand écran que les musiciens ont placé au dessus de leurs têtes. Y défilent des images de paysages californiens : palmiers, montagnes, déserts. Ici ou là, en surimpressions, des éléments isolés : plantes exotiques, feuilles vertes, tracteurs, dans des teintes édulcorées (rose, pourpre, vert).

Comme si l’on avait tenté des expérimentations-limites, à la J.G Ballard, sur cette nature pourtant grandiose. Une nature détraquée par l’homme mais qui aurait, au bout du compte, prise le dessus sur ces délires de pseudo scientifiques. Les paradoxes de ce monde high-tech, isolé et souvent inhumain, qui s’immisce en plein cœur de l’Amérique rurale sont, plus qu’un thème récurrent, un leitmotiv et un véritable trope dans l’univers de Grandaddy. Le constat de Californiens du nord, déchirés entre Silicon Valley et grand ouest sauvage.

Grandaddy à la Gaîté Lyrique, un bonheur noir

Une montagne, enneigée comme en fleurs, apparaissait sur les pochettes de The Sophtware Slump et de Sumday. On la retrouve à l’écran quand commence « Now it’s on », lente mélopée polyphonique. Mais ce sont les nouvelles compositions du groupe qui réjouissent surtout, « Way we won’t » ou encore « I Don’t Wanna Live Here Anymore ». Des morceaux qui se déclinent comme des cocktails surprenants à bases de plantes bienfaisantes, mélanges subtiles de mélancolie assumée, presque surannée et d’une forme douce de sensualité.

Cette musique, son esthétique et sa philosophie sont ainsi comme cette forme de sagesse qu’on atteint entre quarante et cinquante ans, âge moyen des membres du groupe. C’est aussi l’expression d’un certain romantisme West Coast : l’acceptation d’un mystère de la nature, nature humaine, nature sauvage des éléments déchaînés. Et la vérité de l’homme perdu dans tout cela, qui avoue son impuissance. « I’ve lost my way down here » murmure le chanteur. Un train de charbon et un nuage noir envahissent l’écran (« I just moved here and I don’t wanna live here any more »).

À notre droite, la caméra d’Arte -qui propose vous propose de revoir le concert en intégralité sur son site– filme avec des effets steam punk, grâce à ces colliers de perles et autres breloques que le technicien a placés devant son objectif.

Un air de clavecin retentit en fin de soirée, ces premières notes qui évoquent Philip Glass. On reconnaît le sublime « He’s simple, he’s dumb, he’s the pilot », LE grand morceau du groupe, composé en 2000, soit à la fin de l’ère Bush, dont les paroles (relisez simplement son titre) résonnent avec une pertinence à glacer le sang dans l’Amérique contemporaine… « I believe they want you to give in » (« Je crois qu’ils veulent que tu abandonnes ») chante Lytle, avec cette dimension proprement politique, cette radicalité qui le rapproche ainsi de Radiohead. Les images au dessus montrent cette fois des voitures sur d’innombrables échanges autoroutiers, symptômes d’un monde désorienté, fou, désemparé.

On se console avec un signe d’espoir, qui symbolise la casquette rouge du chanteur. C’est la même qu’on a déjà vue trop souvent sur la tête du nouveau Président des États-Unis. Le temps d’un soir, elle est redevenue le symbole d’une autre Amérique. L’Amérique qu’on aime.

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A propos de l'auteur

Yann Perreau

Yann Perreau est auteur et journaliste. Dernier ouvrage : Incognito : anonymat, histoires d'une contre-culture (Grasset).

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