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FindFace, le « Shazam » des Visages

Anonyme sur Internet, ça n’existe pas. Enfin, pas d’emblée. C’est un travail rigoureux et constant. Alors que les outils d’identification surpuissants se multiplient, petit point les menaces et les pistes de sortie pour conserver sa tranquillité d’esprit en ligne.

Vidéo et reconnaissance faciale à tous les étages

C’était il y a moins de six mois. En décembre 2016, Findface débarquait sur vos tablettes, vos téléphones portables, via vos app et votre apple store. Créée en Russie, cette nouvelle application permet d’associer un nom à n’importe quel visage pris en photo. C’est Shazam pour les visages. L’app vous ramène directement sur les réseaux sociaux des utilisateurs et des personnes recherchées. On peut donc, désormais, identifier une personne à partir de son visage.

Reconnaissance faciale anonymat Internet

© FindFace

Les rêves de Big Brother, le « stalking », le traçage et la surveillance de masse, étaient déjà connus et le plus souvent acceptés comme des fatalités de l’époque. Nos moindres traces sur les réseaux et autres recherches Google référencées, utilisées non seulement par des gouvernements pour « raison d’Etat » (lutte antiterroriste, contre la drogue ou la pédophilie au premier chef.), mais aussi par les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) comme business lucratif.

De plus, les bonnes vieilles techniques d’intrusion dans la vie privée fleurissent toujours, dans leur version « old school ». Dans une série de tweets publiés le 20 mai, le jeune Britannique « héros d’un jour » pour avoir mis à mal le rançongiciel qui s’état introduit dans des centaines de milliers d’ordinateurs de par le monde, raconte comment des tabloïds ont retrouvé son identité en passant par ses proches, en leur proposant de l’argent et en essayant de remonter à lui à travers sa copine.


 
Mais c’est désormais un nouveau palier qui est franchi avec cette application. Tout un chacun peut maintenant jouer au voyeur, au flic, au détective ou au paparazzo,vous prendre en photo dans la rue et retrouver votre identité à votre insu. « L’idée peut pénétrer la sphère publique que nous ne pourrons plus rien cacher à nos semblables. Que nous ne serons plus maîtres de ce que nous donnons. Des inconnus pourront détourner, hacker, et produire de la valeur à partir de nos traces » décrypte Michaël Dandrieux dans Atlantico. Le sociologue voit « une même compulsion de “l’identification”, de donner une identité unique à toutes choses » comme modèle d’entreprises de type FindFace.

Little Brother is watching you

« Il n’y a plus nulle part où se cacher sur le Net », déplore encore Thomas Beller dans le New-Yorker. Son article raconte, à mille années lumières des algorithmes surpuissants d’aujourd’hui, son expérience d' »Internet Noise », cet étrange moteur de recherche qui fonctionne sur le modèle du cadavre exquis de type dada. « Internet Noise » ajoute des recherches aléatoires à votre historique Google, dans le but de parasiter le profilage de l’internaute-consommateur qui fait de vous, non plus seulement des utilisateurs du web, mais les véritables produits dont se repaissent les agences de marketing et de publicité. Le journaliste confie avoir l’impression, en utilisant cet outil, de se balader dans l’inconscient du monde en même temps qui se serait mêlé au sien. En outre, dans la société du spectacle total et de la mise en scène perpétuelle de tout en chacun, montrer son visage, ou plutôt ses visages, sous tous leurs angles possibles et imaginables, est devenu un impératif, de succès et presque de bienséance.

Au cœur de ces nouveaux usages sociaux-numériques, d’autres apps comme Instagram, Snapchat et désormais Facebook Profile –« Snapbook » disent déjà certains– qui pique habilement le principe de Snapchat : de courtes vidéos que l’utilisateur peut réaliser et mettre directement sur son flux ou envoyer dans les boites de messagerie de ses amis Facebook. Bref, ce n’est donc plus Big mais « Little Brother is watching you », comme dit le philosophe Raphaël Enthoven, qui s’impose tranquillement, dans le consentement et même une volonté du plus grand nombre.


 

Vivons heureux, vivons cachés

Heureusement, les geeks et nerds restés authentiques contre-attaquent déjà, utilisant leurs armes habituelles : dérision, humour potache, DYI. Défendre ce droit à la vie privée et à l’anonymat, à l’origine même du Net, sans avoir à joindre les bataillons d’Anonymous et crasher les sites web de l’ennemi ou à se réfugier sur ces réseaux d’anonymisation type que TOR ou TAILS. « CV Dazzle » propose ainsi des coupes de cheveux pour le moins originales (souvent asymétriques) pour vous permettre de déjouer les algorithmes de reconnaissance faciale. Betabrand fabrique une veste anti-paparazzi qui renvoie la lumière du flash de votre agresseur vers sa source. Dérisoire, mais rafraîchissant.

Plus sérieusement, Twitter est entré en guerre contre l’administration Trump, qui exige de l’entreprise californienne qu’elle lui divulgue l’identité d’un compte critique du Président. En Europe, le Parlement a exhorté, dans une résolution adoptée le moi dernier, à la protection renforcée des lanceurs d’alerte par la législation. En France, la CNIL (Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés) a engagée avec un succès un bras de fer avec Google au sujet du déréférencement. Cette pratique, qui vous permet de demander à un moteur de recherche de supprimer certains résultats de recherche associés à vos noms et prénoms, est devenue un droit.


 
Enfin, outre les quelques ressources semées dans les vidéos ci-dessus, si vous voulez faire le point complet sur la question et pratiquer l’art de l’invisibilité total sur le Net, nous vous recommandons le livre de Kevin Mitnick, hacker notoire devenu maître en la matière, ou en français celui de Tristan Nitot, très complet sur les mêmes questions, Surveillance:// Les libertés au défi du numérique, comprendre et agir. Et, presque une obligation : de suivre le compte Twitter du journaliste spécialisé sur la question, et co-fondateur des « Big Brother Awards », Jean-Marc Manach. Mais n’oubliez jamais que tout dépend du pays dans lequel vous vous trouvez, et de sa politique plus ou moins progressiste ou liberticide. De la Turquie, où cet article est écrit, pas possible par exemple d’aller sur Wikipedia, site banni par le gouvernement depuis quelques années (et on ne parle même pas de Wikileaks ou autres).

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A propos de l'auteur

Yann Perreau

Yann Perreau est auteur et journaliste. Dernier ouvrage : Incognito : anonymat, histoires d'une contre-culture (Grasset).

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