Ou des variations génétiques, plus exactement. Et c’est doublement ballot.

C’est ballot, d’abord, parce que les variations génétiques sont cruciales pour comprendre les maladies (y compris les prédispositions à celles qui ne sont pas génétiques). C’est doublement ballot, ensuite, parce que toutes les variations génétiques en question sont africaines et, l’être humain étant originaire de ce continent, ça aurait quand même été intéressant d’y penser un peu plus tôt.

L’info nous vient d’une étude anglaise menée en Ouganda (donc dans la région des Grands Lacs, où commença l’histoire de l’homo sapiens) et qui relève que plus d’un quart des variations génétiques relevées parmi les 6 000 habitants de 25 villages ougandais nous étaient inconnues. Pour la simple raison que les études de génome comptent un nombre exagéré de personnes d’ascendance européenne dans leurs échantillons —16 % de la population mondiale, pour 80 % des sujets de recherche en génétique, décrypte Alicia Martin, du Broad Institute de Cambridge (Massachusetts) pour le New Scientist, qui nous apprend la nouvelle. Et même les personnes d’origine africaine jusqu’à présent testées sont généralement Afro-Américaines —or les Afro-Américains viennent de localisations géographiques très précises et restreintes au sein du continent.

Etude Génome Ouganda Illustration

Vue satellite du lac Turkana, probable berceau de l’humanité, CC NASA / Wikimedia Commons

 
Deux individus dans une population africaine seront bien plus différents, génétiquement, que deux individus dans une population européenne“, explique la docteure Deepti Gurdasani, qui a mené l’étude pour l’université Queen Mary à Londres. Ce qui est logique, puisque les groupes ayant migré vers l’Europe et l’Asie puis le reste du monde n’ont, par définition, emporté qu’une fraction de la diversité génétique préexistante au sein de l’espèce humaine.

Par conséquent, poursuit-elle, si vous avez un gène qui ne varie jamais chez les Européens, vous n’avez aucun moyen de l’associer avec une maladie” et donc de développer des traitements génétiques, lesquels seraient a contrario valables à l’échelle mondiale. Or sur cette seule étude, ce sont 29 % de des variations génétiques découvertes qui étaient totalement absentes des bases de données actuelles.

Félicitons donc l’équipe de la docteure Deeptu Gurdasani pour avoir, incidemment, prouvé, que même inconscient, le racisme rend malade.

Suivez le lien pour consulter l’étude en intégralité sur le site de Cell.