Parfaitement mises en valeur par une anthologie parue chez Taschen, les photos de Laurent Benaïm, finalisées à la gomme bichromatée, témoignent de ses recherches sur les sexualités extrêmes et alternatives.

Spécialisé dans la représentation de pratiques sexuelles inhabituelles, ou dites « à la marge », Laurent Benaïm s’est imposé une règle : ne photographier que des vrais couples, et des modèles amateurs, en costume-cravate ou tout droit sortis d’un cirque, des jeunes et des vieux, des homos et des transgenres, des corps affûtés, amples ou étranges, se livrant, sans inhibitions, à des actes de passion transgressive. Ses modèles dirigent la manœuvre car, comme il le dit lui-même, « ce sont eux qui apportent leur envies ». Témoin documentariste, il se contente de prodiguer des encouragements créatifs et sans jugement.

J’ai toujours été fasciné par le sexe, la diversité des pratiques, la volonté et la persévérance des gens à réaliser leurs fantasmes.

Depuis 1999, dans son immense atelier de Montreuil en banlieue parisienne, l’artiste voit ainsi se succéder de nombreux modèles. Là, les bizarreries et les obsessions ne sont pas seulement acceptées, elles sont transformées en art. D’où vient le déclic ? Tout commence en 1991, lorsqu’il tombe devant une photo ancienne dont l’aspect est exactement ce qu’il souhaite réaliser.


Après un long apprentissage fait de nombreux essais et échecs, il peaufine ses tirages à la gomme bichromatée (système d’impression photographique non argentique inventé au milieu du XIX° siècle, consistant à utiliser de la gomme arabique et du bichromate de potassium, ndlr). Le procédé, très peu utilisé ces cent dernières années, est laborieux, malodorant, et fort probablement toxique. Pourtant, depuis 1996, il ne jure que par celui-ci, dans l’unique but de donner à ses images saisissantes l’aspect d’une carte postale dont on pourrait croire qu’elle a été imprimée dans la cave humide d’une « maison de tolérance » de la Belle Époque.

Les moments de plaisir sous toutes leurs formes, belles ou laides, me captivent. Je n’applique aucun critère esthétique à mes choix : seule l’expression du désir humain m’intéresse.

Ce beau livre présente 300 photos et une introduction de l’éditrice Dian Hanson, qui a notamment dirigé différents magazines masculins entre 1976 et 2001, dont Juggs, Outlaw Biker et Leg Show. Suivi par des admirateurs autour du globe, autant sur les Internets que dans des galeries à la programmation audacieuse, Laurent Benaïm a exposé à Paris, Berlin, Milan, Luxembourg, Zurich et, avec à-propos, à l’institut Kinsey pour la recherche sexuelle de Bloomington, dans l’Indiana.

Faire L’amour, Les photos érotiques et transgressives de Laurent Benaïm, est édité en anglais, allemand et français chez Taschen.