En Oregon, 60 000 paires de baskets à vendre d’urgence. Pas sérieux s’abstenir.

Nouveau rebondissement dans l'affaire du "Bernie Madoff de la basket" : le FBI cherche à se débarrasser des paires de chaussures accumulées par un escroc de haut-vol, afin de dédommager les victimes.

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Oregons USA Escroquerie sneakers
Eugene, Oregon © NASA

Vous ne connaissiez pas le « Bernie Madoff » de la basket ? Vous ignoriez que les pyramides de Ponzi fonctionnaient aussi avec des paires de chaussures ? Il est temps de faire connaissance avec Michael Malekzadeh. Petite différence entre Bernie et Michael, cependant : si le premier a fait prospérer son arnaque une bonne vingtaine d’années, le second, clairement notre héros de la semaine, n’en a pas tenu deux. Mais reprenons.

Michael Malzadeh escroquerie sneakers
Capture d’écran.
Bernard Madoff arnaque pyramidale
CC US Department of Justice

Michael Malekzadeh (à gauche) et Bernard Madoff (à droite). Deux salles, deux ambiances.

Qui vole un œuf…

Michael Malekzadeh, qui a pris le pseudonyme de Zadeh Kicks, a créé en 2013 une entreprise de revente de baskets du même nom : pour sa communication, le jeune homme (39 ans cette année) sait jouer la carte de la personnalisation, si efficace sur les réseaux sociaux. En 2020 lui vient une idée brillante pour améliorer ses profits parce que, les profits, c’est fait pour être amélioré. Son astuce : proposer aux clients de payer en avance leurs sneakers reconditionnées, à des prix défiant toute concurrence, y compris, et c’est là que c’est fort, s’il ne dispose pas en stock des modèles proposés, parfois de collection, toujours issus des marques les plus célèbres (Nike, Adidas, Yeezis, Vans, New Balance —ils sont venus, ils sont tous là).

C’est donc, de fait, un bon vieux schéma pyramidal.

Zadeh Kicks arnaque
Michael Malekzadeh tel qu’il s’affichait sur Instagram.
CC Zadeh Kicks / US Department of Justice

Dès décembre 2021, première erreur : il propose en précommande 600 000 paires de Air Jordan 11 Retro Cool Grey, pour un prix compris entre 115 et 200 dollars, quand le fabricant, Nike, les affiche à 225 dollars. « Alors que le stock s’élevait seulement à 1 million d’exemplaires, il a toutefois réussi à se procurer 6 000 paires, ce qui reste bien évidemment loin des quantités initiales qu’il s’était engagé à livrer », constate WetheNew, une boutique en ligne française destinées aux passionnés des semelles plates logotypées (cette périphrase désigne la chaussure de type « basket ». On doit vous signaler au passage que l’écriture de cet article nous oblige à redoubler d’ingéniosité en termes de périphrases pour désigner les baskets, afin d’éviter de trop répéter le mot « basket », quand le dictionnaire des synonymes en ligne ne nous propose que 3 équivalents, dont « basket-ball ». Les lignes suivantes sont ainsi dédiées, avec humilité, à Marcel Proust, que nos périphrases plus ou moins fines risquent de faire se retourner dans sa tombe).

La manœuvre étonne les collectionneurs, mais pas au point d’appeler le FBI. Malekzadeh, cependant, commence à se retrouver acculé. Il est pris entre le mur de réalité, celui de ses promesses intenables, et sa vraie passion, plus encore que pour les souliers légers à lacets longs, pour les bons gros tas de billets —c’est environ 70 millions de dollars qu’il a à ce moment-là dérobé à ses clients. Heureusement, Michael n’est pas tombé de la dernière pluie, et lui vient une troisième idée de génie : déposer des demandes de prêt, dans plusieurs banques américaines, pour un montant total de 15 millions de dollars. C’est l’une d’entre elles, American Express National Bank, qui demande aux autorités de jeter un œil aux affaires de ce garçon, totalement illégales puisque, quand on se fait payer pour un produit et qu’ensuite on ne le livre pas le produit, stupeur ! C’est du vol.

Air Jordan 11 Retro Cool Grey
La Air Jordan 11 Retro Cool Grey, premier coup d’arrêt dans la carrière de Zadeh Kicks.
#Onestbienpeudechoses
© NIKE

L’enquête n’a pas dû être trop compliquée à mener, puisque le 20 mai dernier, Zadeh Kicks a fait l’objet d’une saisie judiciaire et, ce 3 août, son propriétaire, ainsi que sa fiancée et directrice financière, Bethany Mockerman, ont comparu devant la justice fédérale pour « fraude électronique, conspiration en vue de commettre une fraude bancaire et blanchiment d’argent ». Tous leurs biens et comptes bancaires ont été saisis, en attendant le procès définitif renvoyé à l’an prochain. Michael, décidément un malin, a choisi de plaider non-coupable. Il risque trente ans de prison.

De quoi chausser 120 000 pieds

Et bien entendu, impossible pour lui de rembourser ses acheteurs : tout l’argent a été dépensé en Bentley, Ferrari, montres de luxe, sacs Vuitton, bijoux, fourrure, Porsche et en Mercedes (histoire aussi, on le suppose, d’attirer l’attention du fisc, ou juste parce qu’il serait, en plus d’un génie du crime, un champion du monde du bon goût).

Mais les autorités ont une idée : dans l’entrepôt Zadeh Kicks d’Eugene, dans l’Oregon, le FBI a découvert 48 339 paires de Nike, 4 746 de Yeezis, et 4 626 d’Adidas. Ces assemblages de cuir, coton et caoutchouc adaptés aux sports de tous horizons vont donc connaître une nouvelle étape dans leur vie, puisque le projet est de les revendre aux enchères, afin de dédommager les victimes.

L’histoire ne s’arrête donc pas là : car pour cela, les agents du FBI doivent, désormais, authentifier l’intégralité des chaussures, mais aussi garder en permanence le bâtiment, parce que 60 000 paires de sneakers, forcément, ça fait des envieux. Dernier clou sur le cercueil, ou double-nœud si vous préférez, « les aléas du marché de revente de la sneaker, lequel a explosé durant la pandémie, comme celui des cryptomonnaies et autres mauvais plans, avant de s’effondrer, avec le marché d’actions, cette année », que rappelle Bloomberg. « Le marché ne fait que s’écrouler. Il est inutile d’espérer rassembler la somme suffisante pour rembourser les victimes », déplore à ce titre le fondateur du blog Nice Kicks, cité par l’agence de presse économique.

Au fond, les seuls gagnants de toute cette affaire, ce sont les clients qui comptaient sur cet achat pour se mettre enfin au sport, et qui ont une excuse littéralement en or pour patienter encore quelques temps —tout en se faisant plaindre. Souhaitons-leur donc d’excellentes heures de repos devant le prochain Fifa !