La région de Sydney voit sa coalition au bord de la rupture sur un projet de sauvegarde des koalas.

Les Nouvelles-Galles du Sud, la région administrative incluant et entourant Sydney, vient de se déchirer sur la protection des koalas. Dirigée par Gladys Berejiklian, une immigrée arménienne arrivée enfant dans l’île continent, la majorité locale repose sur une coalition entre le parti libéral, auquel elle appartient, et le parti national, représenté par un certain John Barilaro, ancien ministre du travail.

La ville, la campagne et le marsupial

Comme toutes les coalitions, celle-ci tenait bon an mal an, jusqu’au projet de loi qui a mis le feu aux poudres, dont l’objectif avoué est de “sauver les koalas”, menacés, selon un rapport parlementaire, d’extinction d’ici 2050, du fait de la destruction constante de leur habitat naturel (destruction qui a, on s’en souvient, connu une spectaculaire accélération avec les gravissimes incendies de l’hiver dernier : d’après le WWF, ce serait 71 % de la population totale du marsupial, dans les régions affectées, qui auraient disparu lors de la catastrophe).

Gladys Berejiklian Koalas
Gladys Berejiklian, CC Gouvernement australien / Wikimedia Commons
John Barilaro Koalas
John Barilaro, CC CeBITAustralia / Wikimedia Commons

Concrètement, la loi entrée en vigueur en mars dernier, prévoit d’étendre la définition des lieux considérés comme habitats naturels de l’espèce, et une restriction du déboisement en conséquence, faisant passer le nombre d’espèces d’arbres protégées, et donc nécessitant une demande d’autorisation avant tout abattage, de 10 à 123. C’est bien ce dernier point qui a, en pleine rentrée parlementaire, suscité la colère du parti national et de son représentant John Barilaro, vice-premier ministre local (dans ces régions, grandes comme des pays, les instances dirigeantes disposent de leur propre gouvernement).

Exigeant le retrait du décret, Barilaro a menacé de ne plus voter pour les futurs projets de la coalition et de quitter les bancs de la majorité. Tout en affirmant n’être pas “anti-koalas”, et même “espérer voir la population de koalas doubler dans les prochaines années”, son parti joue en en fait un air connu, celui des campagnes contre les villes, des fermiers contre les “élites urbaines”, accusées de promouvoir l’écologie au détriment de leurs compatriotes au mode de vie rural. En début d’année, très énervé par Greta Thunberg, Barilaro signait ainsi une tribune parodiant le discours de cette dernière à l’ONU (le fameux “Vous demandez aux jeunes gens d’avoir espoir en l’avenir ? Comment osez-vous ?”), qui explicitait plus clairement encore sa position :

“Comment osez-vous ?”, écrivait-il dans le Daily Telegraph. “Tant de gens sur la planète, comme Greta Thunberg ou tous ceux qui vivent dans le confort des zones résidentielles à l’est de Sydney —et même mon collègue, le ministre de l’environnement Matt Keane— voudraient utiliser les récents feux de brousse pour promouvoir la lutte contre le changement climatique. Mais la réalité est que votre idéologie a condamné nos régions […], nos régions sur lesquelles vous déversez les fermes solaires et les éoliennes que vous refusez d’accueillir sur la zone côtière. Nos régions qui reçoivent chaque nuit vos déchets parce que vous ne voulez pas gérer vos propres détritus […].

John Barilaro Daily Telegraph


Aujourd’hui, je dis que trop, c’est trop. Cessez d’utiliser nos régions comme compensation d’une biodiversité qui n’existe pas à Sydney, pour soulager votre culpabilité. Le changement climatique est réel, nous le subissons chaque jour. […] Mais ce n’est pas une affaire qui est de la seule responsabilité des communautés régionales, alors comment osez-vous faire porter la faute sur nous ?”

À l’en croire, donc, M. Barilaro voudrait plus de koalas, de biodiversité, de fermes solaires et d’éoliennes, mieux réparties dans le territoire, y compris en ville, voire à leur place. À moins qu’une arrière-pensée politicienne le pousse à jouer simplement la carte du Eux contre Nous, et singulièrement de l’opposition Villes / Campagnes, qui ronge les pays occidentaux, non sans raisons, et qui expliquent d’ailleurs une bonne part de l’élection de Donald Trump en 2016.

La politique au centre du jeu

L’on comprend que dans un tel état de tension, la séparation devenait irréconciliable… Jusqu’à ce que Gladys Berejiklian, leader de la coalition, fasse remarquer que si le parti national devait rejoindre l’opposition, ils devraient également abandonner leurs six portefeuilles ministériels. L’ultimatum était fixé à 09 heures du matin, heure locale (01H00 du matin, dans cette nuit du 10 au 11 septembre, pour nous).

En sortant du rendez-vous, John Barilaro faisait finalement le choix de conserver les ministères, et notamment le sien, expliquant : La première ministre et moi avons accepté de maintenir intacte la coalition. Mais détruire la coalition n’a jamais été notre but, parce que nous sommes un putain de bon gouvernement (“a bloody good government”, en V.O.). La coalition va rester, les ministres obéiront aux directives et le décret sur les koalas pourra être rediscuté lors d’une prochaine réunion du Cabinet. Nous, c’est tout ce qu’on demandait.”


Dans le même temps, son propre parti se réunissait en visioconférence pour se demander s’il ne devrait pas se débarrasser de lui ; une source interne au gouvernement confirmait ne pas voir comment il pourrait en rester le dirigeant et, philosophe, le ministre local chargé de la mise en application du décret concluait : “Protéger les koalas n’est pas quelque chose qui devrait diviser la ville et le bush, les urbains et les ruraux. Protéger les koalas, c’est protéger notre identité commune d’Australiens”.

Manifestement, c’est raté.

Et c’est bien dommage, parce qu’au rythme où déclinent les animaux sur notre Terre (-68 % de vertébrés en 50 ans, d’après les derniers chiffres), nous devrions rapidement apprendre à nous unir, ou les koalas seront bientôt le cadet de nos soucis (mais, au moins, un bon souvenir).

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