Cinquième et (temporairement sans doute) dernier volet de notre série consacrée aux meilleures webradios de France, de Navarre et de partout.

Concluons cette série consacrée aux webradios avec la dernière arrivée sur nos ondes (wifi) : Milo Radio, une radio qui a l’intelligence d’être conçue… comme une radio.

Ça a l’air idiot dit comme ça ? Et pourtant ça n’est pas si bête. La plupart des webradios existantes opèrent avec une sélection de titres généralement pointue, au minimum élaborée, mais les diffusent de manière plus ou moins aléatoire (c’est-à-dire, parfois complètement, parfois un peu moins, en réfléchissant à des plages matinales ou du soir, aux divers jours de la semaine ou du week-end, par exemple). Milo Radio, elle, se pense comme une radio plus traditionnelle, au sens où chaque titre, chaque jour, est programmé en fonction du précédent, du suivant, du moment, directement par, mais oui, un être humain et non par un algorithme. Incroyable et vrai.

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En résulte un son des plus variés en termes d’époques et de continents, mais aussi d’humeur et de style ; vivant, humain, présent et vaste comme l’horizon ainsi qu’en témoigne son slogan, “Timeless music for curious minds.”

À cet enivrant panorama s’ajoutent déjà deux émissions récurrentes : “Tropical Discoteq”, chaque vendredi de 20H à 23H —ne cherchez plus ailleurs de playlist pour vos soirées— et “Milo Mood”, chaque mardi à 17H, dans laquelle un artiste vient nous faire découvrir sa sélection du moment. Avec pour commencer, tout simplement, Ibeyi, Arthur H et Ben l’Oncle Soul (on peut retrouver ce programme sur le Mixcloud de Milo).

Si à ce stade vous songez que ce Milo ne doit pas être tout à fait un débutant dans la radio, vous avez complètement raison, puisqu’il s’agit d’Émile Omar, qui fut plus de 15 ans, au côté de Max Guiguet, l’un des deux programmateurs musicaux de Radio Nova, ce qui est une carte de visite assez sérieuse en matière de son et d’audace. Raison de plus, si l’on en manquait, pour le soumettre au questionnaire spécial webradios de PostAp Mag.

Emile Omar Radio Milo
© Émile Omar

PostAp Mag. Qui êtes-vous ?
Émile Omar. Un passionné de musique depuis toujours, accro au frisson de la découverte. J’ai eu la chance de pouvoir bien étancher cette soif, et d’en vivre, grâce à mon travail à la programmation musicale de Radio Nova de 2003 à 2018 :  le Grand Mix, les compilations Nova Tunes, les coffrets… toutes ces années peuvent se résumer à plus de 2 300 titres compilés. En parallèle, j’ai toujours “fait” le D.J., ça remonte  aux boums d’anniversaire de mes 12/13 ans. Et puis je pratique aussi la musique avec 2 amis, Alex Finkin et Clément Petit, sous le nom de “Roseaux“, dont le second album est sorti en septembre dernier, avec des interprètes aux voix incroyables.

J’ai aussi produit, via mon label Fanon, quelques autres projets dont des reprises du monde entier de Brassens : “Brassens échos d’aujourd’hui”, je suis en train de travailler sur l’album d’un griot guinéen, joueur extraordinaire de kora et à côté de ça, je suis un grand fan de musique afro-antillaise des années 70/80 depuis un bon bout de temps. “Tropical discoteq”, la soirée que j’ai montée avec cette thématique, vient de fêter ses 10 ans. Ce qui m’a amené à réaliser quelques compilations pour rendre hommage à ce fabuleux patrimoine complètement ignoré jusqu’alors : “Antilles Chéries” et “Debs Anthologie” en 3 volumes. Une musique merveilleuse.

Bref, un passionné : ).

Anthologie Debs International

P. A. M. Comment qualifier la ligne éditoriale, ou artistique, de Milo Radio ?
E. O. À l’heure d’Internet, j’ai essayé de synthétiser ça en anglais : “timeless music for curious minds” (qu’on pourrait traduire par “Musique atemporelle pour esprits curieux”, NDLR).  Mais pour entrer dans le détail… Avec son extraordinaire créativité, la musique noire américaine ; en bonne partie avec le jazz, le gospel, le blues, la soul, le disco, la house, le hip hop, le r’n’b et ses différentes générations —50, 90 et actuelle.

Un peu de techno et d’électro aussi, plutôt la nuit. La musique africaine, la source, rumba et soukous congolaise, semba/kizomba/lamento angolais, kwaito sud-africain, highlife nigérian, musique touareg et du maghreb, chaabi, rai, musique pakistanaise. Koto japonais et musique zen, ambient aussi, l’après midi.

Et puis l’Amérique latine : samba, salsa, cumbia, les Caraïbes, la Jamaïque, Haïti et les Antilles (big up !). De la folk aussi, un peu de pop aussi, et plein d’autres que j’oublie… Il y a même quelques titres de musique du Kazakhstan ! Des classiques, des raretés, des nouveautés, ça tourne 24/24 !

Derrière tout ça , il y a la volonté de montrer que des êtres humains d’époques, contrées, couleurs et religions très différentes ont créé des musiques qui s’harmonisent magnifiquement. Un langage fait d’émotions universelles, une autre preuve que nous ne sommes qu’un, au-delà de toutes les barrières que certains cultivent pour régner et exploiter depuis la nuit des temps. “L’Union fait la force”, la devise du drapeau haïtien, première république noire en 1804, chassant l’un des plus grands “héros” de la “Grande Histoire”, Napoléon… Tout est dit. Trop peu de gens connaissent la musique haïtienne, c’est pourtant un patrimoine exceptionnel. Comme un énorme pied-de-nez à l’ignorance et aux préjugés. Il faut savoir que le jazz, source de tellement de styles musicaux, a été créé à la Nouvelle-Orléans par des descendants d’esclave haïtiens. 

P. A. M. Comment et quand est né le projet ? Est-ce une initiative solitaire, ou d’équipe ?
E. O. Au dixième jour de confinement à regarder les infos 24/24, la musique était le seul remède à ce cauchemar multi-dimensionnel. Par effet de balance aux restrictions, j’ai eu envie de partager au maximum les musiques magnifiques qui m’ont touché depuis toutes ces années de recherche. La radio en tant que format me manquait, alors voilà… music non stop 24/24, c’est quand même un délire bien fou !

P. A. M. Quelles sont les radios, animateurs ou émissions qui vous ont accompagné à l’adolescence ?
E. O. Doc & Difool, Maurice est un con… Mais bien au-dessus, mon préféré était Lafesse, un de mes héros jusqu’à aujourd’hui.

Yeke Yeke Mori Kante

P. A. M. Le premier disque que vous avez acheté ?
E. O. C’était des CD, 2 minis CD, ” The only way is up” de Yazz (avec le perfecto rouge et les cheveux oxygénés), et “Yeke yeke” de Mory Kante (Paix à son âme), avec le dance mix. Un best-of des 25 ans de Motown, c’est comme ça que je suis tombé amoureux de la soul, avec les classiques de ce label mythique : Martha and the Vandellas, les Supremes, Marvin Gaye, Stevie Wonder… “Uptight, everything’s all right !” Il y avait aussi un double CD Best Of d’Elvis, “La Légende”, 2 CD, 50 chansons, j’étais trop content. Je suis, avec mon frère, un grand fan d’Elvis ; honni soit le colonel Parker !

P. A. M. Le dernier titre que vous avez découvert et que vous avez envie de nous conseiller ?
E. O. Il y en a plein, mais l’artiste qui m’a mis une grosse claque dernièrement est John Caroll Kirby. 3 albums coup sur coup, un univers spectral avec piano & synthés, immense sensibilité,  je crois que je vais faire tourner les 3 albums entiers sur la radio.

J’étais aussi passé à côté de l’album Due Rent de lojii & Swarvy, sorti en 2017. Il y a des bonnes ambiances funk années 80, laid back, avec un flow hip hop posé et des refrains r’n’b supers, c’est top ! Merci Mr. Schreyer pour le tip !

P. A. M.  Trois morceaux pour danser ?
E. O. Trois c’est peu : ).

Experience 7 – “Banzai”.
L’hymne de Tropical Discoteq.
Avant de faire zouker la France entière et ses 14 juillet avec le premier hit zouk féministe “Maldon” (en tant que Zouk Machine), Guy Houiller & Yves Honoré ont écrit et réalisé des super titres en tant que Experience 7, grâce aussi au talent du grand Henri Debs.

– Starboy – “Soco”.
Le hit de l’année 2018, 74 millions de vues, la nouvelle donne en provenance du Nigéria, ils sont trop forts.

– The Braxton’s – The Boss (MAW remix)
 J’ai joué ce titre à minuit le jour de l’an 2000. Écouté plus de mille fois et toujours le même plaisir, Masters at Work à leur meilleur ! Spéciale dédicace à Nissou.

–  Clara Nunes – “Canto Das Tres Racas”

Un titre  fabuleux que j’ai eu le plaisir de faire figurer dans l’unique compilation Nova de rares grooves brésiliens. Celui qui allait devenir mon parrain musical, le seul & unique RKK, m’avait fait l’honneur de lui proposer des titres ! J’étais là depuis à peine un an, je n’y croyais pas. Les paroles magnifiques résonnent tellement avec l’actualité…

Pour écouter Milo Radio c’est par ici, et par là pour la suivre sur Facebook, Mixcloud ou Instagram.

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