Du New Jersey, Monster Magnet réveille le rock

Punk et psychédélisme font toujours bon ménage, comme en témoigne le dernier album de Monster Magnet, produit en confinement et sorti juste à temps pour bousculer le printemps.

Temps de lecture : 7 minutes

Monster Magnet sort du bunker et son fondateur, Dave Wyndorf, en profite pour se confier à Spin Magazine. Le groupe né dans les années 1990, qui cultive un son et des paroles mêlant post-punk et psychédélisme (ou encore se dédie à un genre qualifié de « stoner rock » par Wikipedia) vient de publier l’album A Better Dystopia chez Napalm Records.

Série de reprises nourries par l’énergie créative et rageuse qui peut saisir un groupe fait pour la scène quand il se retrouve confiné à la maison, il regroupe une série de titres écrits dans une époque similaire à la nôtre, mais toute différente, comme l’a expliqué le chanteur Dave Wyndorf dans un long texte, très personnel, envoyé au magazine américain. Extraits

Monster Magnet Better Dystopia

« J’étais un enfant à la fin des années 1960 et au début des seventies et, croyez-moi, ces années étaient franchement dingues, d’une manière qui n’appartient qu’à elles. L’ombre de l’apocalypse nucléaire, la guerre du Vietnam, les meurtres de la Famille Manson, Altamont, la fusillade à l’université du Kent, les tensions raciales, un flot continu de troubles civils et du LSD à 50 cents la dose dans les écoles publiques sont quelques particularités qui ont fait de cette époque, pour les adultes, un cauchemar paranoïaque.

Les journaux titraient : « Dystopie ! Apocalypse ! Révolution ! »

Mais comme je l’ai dit, j’étais un jeune adolescent à l’époque et, certes, le monde était clairement taré, mais il était aussi rempli de possibilités absolument inédites, extrêmement colorées, pleines d’imagination, pour peu que vous sachiez esquiver les vrais sales trucs. Et toute cette MUSIQUE ! Une véritable Renaissance, où résonnaient les échos de l’époque. Des sons et des concepts radicalement nouveaux déboulaient à peu près tous les six mois. Les temps changeaient vite, et la musique était en phase.

[…]

Tu te sens bizarre ? Effrayé ? Paranoïaque, peut-être ? Alors fais en force ! Fais en quelque chose ! Montre-le ! Enfin, c’est l’effet que me faisait la musique. Tout ce que j’avais à faire, c’était de prendre un peu de temps et d’écouter. Et du temps, il y en avait. Les infos et les télés s’arrêtaient, à un moment. Pour la plupart, les chaînes passaient simplement à l’écran noir vers minuit. Ça permettait, même invitait à la contemplation, à la rêverie. À la musique. « Plus rien à voir aujourd’hui, les gosses. Vous allez devoir trouver comment vous amuser tous seuls. »

[…]

Je trouve qu’il n’y a pas beaucoup de patience pour l’ambiguïté volontaire dans le monde tribal, le monde minute par minute de l’Internet. « Dis moi EXACTEMENT ce que tu veux dire ! Maintenant ! Et prouve-le avec des photos ! » Bref. Peut-être était-ce inévitable. Je me sens juste chanceux d’avoir pu vivre quand la musique était le zeitgeist.

Et maintenant, je me retrouve à nouveau dans un temps où les journaux titrent « Dystopie ! », « Apocalypse ! », « Révolution ! » et je serais un idiot si je ne remarquais pas que la réaction de la musique, face à cette nouvelle « fin des temps » est —comment dire— plus subtile. Si subtile que je m’endors !

En mars 2020, Monster Magnet a dû interrompre ses concerts au beau milieu d’une tournée à cause de la pandémie, et nous crevions d’envie de jouer. Me bunkeriser pour écrire ne me tentait pas (les tournées donnent toujours envie d’agir dans l’immédiateté). Alors, plutôt que faire des performances à la con et médiocres en streaming, nous avons décidé de sortir un nouvel album et de partager un peu de l’obscure histoire du rock.

A Better Dystopia en est le résultat, c’est un album dont les chansons (sauf une) ont été écrites durant l’époque si particulière que je viens d’évoquer (écoutez « Mr. Destroyer », de Poohbah, ou « Learning to Die », de Dust). Elles ont été composées pour une société qui n’avait pas Internet, donc aucun moyen d’évacuer la pression et de partager des informations. Les attitudes et les sentiments bouillaient et se vaporaisent en art et en action, plutôt que simplement s’exprimer en mots.

Cette époque de dingue nécessitait cette musique pour être pleinement comprise. Je suis sûr que nombre d’entre vous conviendraient avec moi que plus de MOTS n’arrangent pas vraiment les choses en ce moment, pas de façon substantielle en tout cas. Alors pourquoi pas un peu de psycho-rock bien barré pour pomper le sang jusqu’à votre cerveau (qui reste) de singe ? »

Rien à ajouter. Bonne écoute à tous les singes !

Liens utiles :
A Better Dystopia, l’album sur le bandcamp de Master Magnet.
– Une dose supplémentaire de Dave Wyndorf, en interview vidéo sur la chaîne YouTube de FaceCulture.
– Zodiac Lung, le site officiel du groupe.

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