Vous avez du mal à respirer ? Vous avez peur de mourir ? Vous souffrez peut-être d’angoisse existentielle ! Pas de panique, les remèdes existent et sont connus.

C’est une maladie qui fait trembler la planète, des mégacités chinoises aux coquettes résidences californiennes  : l’angoisse existentielle fait peur, car elle est contagieuse (quoique moins que les oreillons), et mortelle. Et puis surtout parce qu’elle prend des formes inédites, pour lesquelles nos sociétés ne sont pas préparées. Comment s’en prémunir ? Comment vivre à jamais imbécilement heureux et heureusement imbécile ? On fait le point.

Qu’est-ce que l’angoisse existentielle ?

Le terme “angoisse” vient du latin “angustia”, qui signifie “resserrement” et désigne les sensations d’oppression et de palpitation, bref ce serrement douloureux de l’épigastre (la partie supérieure de l’abdomen), qui la caractérise. Ses symptômes peuvent apparaître à toute heure du jour ou de la nuit. En guérir définitivement peut s’avérer difficile, même si certains traitements expérimentaux (comme le fait de devenir multi-milliardaire) semblent prometteurs.

Elle survient quand on cherche un sens à sa vie, alors que celle-ci en est dépourvue, cherchez pas, rien, niet, zéro, nada : en prendre conscience de manière soudaine, sans y être préparé(e), peut suffire à déclencher une crise existentielle et alors, bonjour les dégâts.  

C’est d’autant plus compliqué que cette prise de conscience peut survenir suite à un épisode tragique ou symbolique de l’existence (deuil, séparation, déménagement, anniversaire) comme arriver sans raison particulière, de façon fortuite, anodine, parce que la lucidité ne prévient pas quand elle fait jour.

Suis-je contaminé(e) ?

Comme vous le savez sans doute, l’angoisse existentielle se développe ces derniers temps sous de nouvelles formes. Parmi elles, signalons la redoutable peur d’assister à la fin des temps elle-même et, sinon à l’apocalypse au sens religieux du terme, du moins à l’extinction du monde tel que nous l’avons connu, voire à la fin de l’humanité.

Encore presque inexistante il y a dix ans, cette forme d’angoisse existentielle, collective, se répand et se développe à la vitesse d’une épidémie. C’est bien simple, on se croirait dans un film de John Carpenter.

Mauvaise nouvelle : ça ne fait que commencer.
Bonne nouvelle : vous pouvez en réchapper.

L’angoisse existentielle est-elle mortelle ?

L’angoisse existentielle n’est pas mortelle en tant que telle, mais un certain nombre de pathologies, dites “opportunistes”, peuvent transformer la vie de l’angoissé(e) en un véritable calvaire. Citons le recours aux stupéfiants, les prises de risque généralisées (chercher la bagarre, conduire à vitesse excessive, privilégier les rapports sexuels non protégés) ou, plus grave encore, le basculement dans une idéologie figée, une grille de lecture unique et irrémédiable du monde, voire, dans les stades les plus avancés, la certitude d’avoir toujours raison.

Rappelons que la certitude d’avoir toujours raison, en privant votre existence de tout débat et réflexion à multiples facettes, contribue à la dégénérescence accélérée des fonctions cognitives. 

À ce stade, le malade est généralement isolé et rejeté. La politique, YouTube ou la télévision sont les seuls secteurs où il peut continuer à exercer, ses lacunes et souffrances rentrées étant susceptibles d’y passer autant inaperçues que la bêtise initialement bénigne sur laquelle elles ont prospéré.

Attention : la peur de mourir, à différencier du désir de mort, est parfaitement naturelle et s’avère même un signe de rémission plutôt positif. Elle ne peut donc pas se soigner : seul le divertissement permet d’en atténuer l’effroyable douleur.

L’environnement a aussi un rôle important chez certaines personnes plus sensibles : les messages publicitaires, les actualités ou les faits divers peuvent influencer les questions existentielles et déclencher une réelle angoisse.

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Quels sont les symptômes de l’angoisse existentielle ?

L’angoisse existentielle se caractérise, lors des crises, par des sensations d’étouffement et des palpitations. Sur la durée, comme évoqué plus haut, certains comportements à risque peuvent être les signaux d’alerte d’une angoisse existentielle déjà avancée, même si le sujet n’en a pas forcément conscience.

Mais les manifestations de l’angoisse existentielle peuvent être nombreuses et connaitre une grande variabilité chez les individus. Citons par exemple : l’anxiété, l’hypocondrie, la mélancolie, l’anomie, l’asthénie, la jalousie, la haine, le chagrin, la détresse, le désespoir, l’accablement, l’affliction, la tristesse, le cafard, le spleen, le bourdon, la colère, la lypémanie, voire une humeur maussade.

À noter que l’extraversion, l’introversion, le calme, l’agitation, le doute ou le dogmatisme sont également des signaux qui doivent alerter d’une possible angoisse existentielle.

Il existe également des formes asymptomatiques, dans lesquelles le sujet ne semble pas souffrir d’angoisse existentielle mais, par ses actions, contribue paradoxalement à la propager. Le racisme en est l’exemple le plus frappant. Il convient de s’en protéger à tout prix, par exemple en débranchant son poste pour le revendre au Bon Coin ou, mieux encore, en en recyclant les composants électroniques afin de fabriquer un climatiseur à énergie solaire qui fera partie des indispensables de l’être humain du XXI° siècle.

Comment savoir si je souffre d’angoisse existentielle ?

Un test presque infaillible a été élaboré à Iasnaïa Poliania au XIX° siècle : lisez Tolstoï. Si ça vous parle, il y a de fortes chances que vous souffriez d’angoisse existentielle. Demandez immédiatement à votre libraire de vous en conseiller « d’autres, du même genre », histoire d’être sûr(e).

De même, une identification au narrateur dans les ouvrages de Philip Roth, un goût prononcé pour le théâtre de Sartre (voire, selon certains chercheurs, pour le théâtre tout court), ou parvenir à se persuader qu’on lit Sade pour son style ; mais aussi l’absence d’amour pour la lecture ou le besoin de fuir l’ennui comme la peste démontrent, sinon une contamination, au moins un terrain propice à l’épanouissement de la maladie.

De manière générale, si vous vous demandez « À quoi bon ? » ou « À quoi ça sert ? », que vous cherchez un sens à la vie, ou, pire encore, que vous croyez carrément en avoir trouvé un qui serait extérieur à vous (et surtout s’il commence par “Dieu” ou “Les gens”), alors vous souffrez d’angoisse existentielle.

De plus, une fois qu’un individu a terminé une crise existentielle, il peut facilement plonger dans une autre, ou ne pas en être complètement sorti.

Wikipedia

Puis-je guérir de mon angoisse existentielle ?

C’est la bonne nouvelle : oui, on peut tout à fait guérir d’angoisse existentielle. Plusieurs méthodes ont déjà fait leurs preuves :

  • Hausser les épaules.
  • Admettre qu’en effet l’existence n’a aucun sens, qu’il n’appartient qu’à nous de lui donner celui que, individuellement, on estime valable, et que c’est en réalité ainsi qu’infiniment satisfaisante est la vie.
  • C’est tout.

Toutefois, méfiez-vous des pseudo-thérapies ! Ainsi, contrairement à une idée répandue, le suicide ne guérit pas l’angoisse existentielle : raté, il ne fait que remettre les questions à plus tard et réussi, il est raté, puisqu’il ne rime plus à rien.

L’acupuncture, le yoga, la méditation, l’art, les balades, l’amour sous toutes ses formes, le sport, une bonne hygiène de vie, les plaisirs de la chair, mais aussi de la chère, et des bons alcools avec modération, les œuvres de Tex Avery, un confort matériel minimal, les relations sociales, la capacité à se confronter à ce qui nous fait peur, la possibilité de traîner un patron voyou ou harceleur aux Prud’Hommes, des hôpitaux, des écoles et une justice financés à hauteur de leurs besoins, des campagnes pas complètement désertes, de la bouffe pas fabriquée n’importe comment et des médias pas complètement vérolés par l’amour du business, donnent également de bons résultats.

L’angoisse existentielle est-elle contagieuse ?

L’angoisse existentielle, hélas, se transmet par tous les moyens possibles et imaginables :

– Héréditaire. Des parents trop normaux, trop névrosés ou trop psychotiques peuvent engendrer des enfants souffrant d’angoisse existentielle (et inversement).

– Sexuel. Les rapports sexuels peuvent, dans la foulée ou au réveil, procurer une sensation intense de plénitude qui chasse instantanément toutes les souffrances de l’angoisse existentielle. Ils sont aussi susceptibles, surtout si tout n’est pas clair dans vos têtes, de susciter un douloureux vertige face au vide propre à chacune et chacun. C’est un peu quitte ou double. 

– Aérien : la toux et les sécrétions humaines ne peuvent pas transmettre l’angoisse existentielle. En revanche, certains mots, si. Évitez donc les réunions de famille, les dîners en amoureux si vous ne l’aimez plus, les réunions entre collègues hors du bureau et Twitter, surtout Twitter, Twitter jamais, au secours, bon sang de bonsoir non mais Twitter, quoi.

– Auto-immune : l’angoisse existentielle peut se développer sans raison chez l’individu mature, particulièrement à partir de l’adolescence, mais aussi de plus en plus tôt dans les sociétés connectées. C’est comme ça.

Le coronavirus COVID-19 peut-il transmettre l’angoisse existentielle ?

Émergé quelque part sur un marché de Wuhan, le coronavirus COVID-19 est une maladie avec laquelle, manifestement, il va nous falloir apprendre à vivre (et à mourir).

Vue de nos civilisations thermo-industrielles, menaçant récession, terreur, confinement, lois martiales, c’est un peu l’étincelle qui manquait pour finir par croire que l’on est peut-être, vraiment, en train d’assister à une période d’effondrement total du monde tel qu’il est.

À ce titre, ce coronavirus peut réveiller les angoisses existentielles les plus profondes, mais aussi la plus banale peur de mourir.

Dans le premier cas, répétez-vous que ça n’est que le début, qu’une répétition générale, que d’autres épidémies beaucoup plus inquiétantes arriveront tôt ou tard et, donc, profitez de l’occasion pour mettre en ordre vos papiers comme vos idées, et aller au bout de vos convictions, en quittant votre boulot de merde (enfin, si vous vivez quelque part où la sécurité sociale ne dépend pas de votre boulot de merde, évidemment), en construisant des utopies durables, en vous battant pour l’Aide Médicale d’État sans condition, en revendant ou en thésaurisant (selon ce qu’elles pourraient valoir dans un monde mortel) vos possessions actuelles, en finissant ce livre, cette peinture, ce potager, cette lettre, peu importe, que vous avez en tête, avant qu’il ne soit trop tard, et en disant à vos proches que vous les aimez.

Dans la seconde hypothèse, n’oubliez pas que, de toute façon, vous êtes susceptible de mourir à chaque instant et qu’on n’y peut pas grand chose, mais quand même un peu : donc lavez-vous les mains très régulièrement et suivez les autre préconisations des autorités sanitaires.

Que faire si, malgré une sagesse chèrement acquise et tous les divertissements du monde à ma portée, la peur de la mort, notamment parce que je suis infecté(e) par le coronavirus COVID-19, devient la plus forte ?

Suivez les prescriptions de votre ou vos médecins à la lettre. Reposez-vous, prenez votre temps pour guérir, concentrez-vous sur votre guérison. Rappelez-vous que, même chez les personnes âgées et celles souffrant d’autre pathologies chroniques, les décès sont extrêmement rares. Vous avez 99 % de chances de survie.

Mangez, dormez, prenez vos traitements, divertissez-vous et soignez-vous. Vous serez sur pied en un rien de temps ! Cela paraîtra long pour le moment, mais rappelez-vous : quand on souffre, le temps paraît éternel. Insubmersible. Et pourtant, derrière, comment a-t-il pu paraître si long ?

Pensez aussi à Philippe Gerbier, l’un des personnages de L’Armée des Ombres, le film de Jean-Pierre Melville adapté du roman de Joseph Kessel, face au peloton d’exécution :

« Et je vais mourir. Et je n’ai pas peur. C’est impossible de ne pas avoir peur quand on va mourir. C’est parce que je suis trop borné, trop animal pour y croire. Et si je n’y crois pas jusqu’au dernier instant, jusqu’à la plus fine limite, je ne mourrai jamais. Quelle découverte ! Et comme elle plairait au patron ! Il faut que je l’approfondisse. Il faut… »

Philippe Gerbier in L’Armée des Ombres

Puisque t’es si malin, t’as pas un autre terme que COVID-19 pour désigner ce virus à la con ?

Si. On est bien d’accord : le temps où les maladies avaient des noms poétiques (le scorbut, la peste noire, la grippe espagnole, la phtisie), ça manque.

On a donc réfléchi intensément et, pour cette nouvelle saloperie, on propose, vu que c’est un peu un rhume et un peu une grippe, le grhume, mais qu’on écrirait plutôt “ghrume”, histoire de se compliquer l’existence, à la française quoi.

Donc n’attrapez pas le ghrume, ne mourez pas du ghrume, et ainsi vous pourrez continuer à vivre en redoutant la mort encore de longues, très longues et très belles années.

À vos souhaits !