PostAp fait sa mue. Éditorial pas comme les autres.

Je n’avais pas prévu cela.

En créant PostAp Mag (“PostAp comme Post-apocalypse, Post-apathie, Post-applications, bref : Post-après”), j’avais anticipé (pas au sens « vu venir », plutôt au sens « redouté », « appréhendé » en fait) pas mal de choses (c’est à ça qu’on sert en société, nous les anxieux).

Mais je n’avais pas prévu qu’au moment où le virus et le confinement frapperaient, je n’aurais plus qu’une seule envie, me taire.

Le silence, quand écrire est un boulot, permet d’économiser ses forces et de les utiliser à lutter contre l’angoisse, de réorganiser sans pression les journées confinées.

Mais, surtout, se taire autorise à ne pas ajouter de mots aux mots. 

Car c’est bien ce qui me fatigue le plus, pour l’instant, dans cette urgence sanitaire ; cette orgie de mots, sur tous les tons, dans tous les sens, et si souvent taillés dans les certitudes.

Putain, on ne le dira jamais assez : les certitudes ne valent jamais rien, en termes de discours ! 

C’est dans le reste, le doute, le dialogue, la discussion, l’hésitation, la recherche, l’effort, l’écoute, le partage qu’est la richesse de la vie et qu’avance, individuellement comme collectivement, l’humain.

(Et oui, je sais que la phrase ci-dessus a toutes les apparences… d’une certitude. C’est la blague. C’est noter que je ne veux pas donner de leçons, que je sais qu’on ne peut pas vivre sans nos propres certitudes, c’est le cerveau humain qu’est comme ça ; on demeure tous à la même enseigne, hélas et tant mieux d’ailleurs et, d’ailleurs, le plus drôle, c’est que je le répète quand même et insiste : tout discours fondé sur des certitudes mérite d’être écrit, mais pas d’être dit —et les réseaux sociaux, c’est de l’oral, pas de l’écrit).

M’épuisent ainsi ceux qui furent longtemps mes alliés, soutinrent mes joies, firent perdurer mes émerveillements, modélisèrent mes agacements, le matériau sans lequel les émotions n’ont pas de sens, les mots, quoi, les mots, donc.

Les discours martiaux, les empoignades, les nouveaux sauveurs, les nouvelles cibles, les cris de colère, les appels à l’aide, les prédictions sévères (c’est le début de la fin, le premier domino qui fera s’effondrer l’intégralité du système et nous mènera droit à Mad Max, l’entrée imminente dans le totalitarisme généralisé), les horizons dégagés, neufs et utopiques, qu’on aime bien mais qu’on attend surtout de voir, et par-dessus tout les journaux de bord, j’en peux plus.

Les mots et puis, ce qui les précède souvent, cette bouillie inarticulée de misère et de désespoir qu’on appelle le chagrin, le chagrin de voir tout nos contemporains aussi frappés les uns et les unes que les autres, le chagrin de penser aux soignants se démenant dans des conditions insalubres et mettant littéralement, faute de masques, leur vie en péril pour nous sauver, le chagrin de constater qu’une fois de plus, ce sont les plus pauvres, les plus mal payés, les plus mal considérés qui, partout, risquent aussi leur existence pour que perdure la civilisation telle qu’elle est, le chagrin des proches malades, de nos prisons personnelles, de nos angoisses hélas enfin justifiées, de l’air qui nous manque, de l’air empoisonné dans les postes et les supermarchés, et tout ça sans parler des mouroirs, des morts sans adieux ni funérailles, des mensonges, des colères, des effrois, des solitudes.

Se taire, ce n’est pas ne pas agir.

Se taire, c’est aussi l’occasion de ranger. De ranger tout cela dans nos têtes, et c’est important, de ranger les choses dans sa tête, notamment quand le monde entier s’arrête, du jour au lendemain, d’exister. 

Alors, voilà ce qu’on va faire : 

PostAp mute. PostAp applique le plan Blanc, blanc comme une page vierge à remplir.

PostAp a fait semblant, pour démarrer, et convaincre les hésitants, de n’être qu’un magazine culturel. Mais PostAp, c’est surtout un magazine pour apprendre et se distraire par gros temps.

Je ne sais pas ce qui adviendra, ni demain, ni dans les années qui viennent. Les seules, maigres certitudes que j’ai, c’est que les enseignements des artistes, des penseurs, des chercheurs, des humanistes, qui tous sont essentiels en ce que tous ont vu venir l’écroulement généralisé de nos certitudes aujourd’hui, m’aide un peu à traverser les jours horribles qui sont les nôtres et me donnent envie à mon tour de partager les deux trois principes, les deux-trois infos, que j’entasse dans ma besace entre une boîte de haricots et un paquet de piles LR4.

En résumé : PostAp redevient amateur, sort désormais une fois par semaine, en visant le vendredi midi, mais ratera cette fenêtre régulièrement parce qu’on est pauvres, avec en revanche plusieurs sujets à la Une —par exemple aujourd’hui vous trouverez :

  • 2 documentaires gratuits, l’un sur Mad Max et l’autre sur la Nuit des morts-vivants (ici) ;
  • Notre Guide touristique du Paris post-apocalyptique en accès libre (ici) ;
  • Et la ressortie du Conte de Noël de PostAp Mag pour rêver un peu au monde d’après ().

George Carlin ce grand penseur fin XX°-début XXI° disait :

« Naître dans ce monde, c’est recevoir un ticket pour le spectacle de monstres. Et, quand vous naissez aux États-Unis, vous êtes placé au premier rang. »

Et vous savez quoi ? Même si on est derrière George Carlin, qui est assez grand, et qu’il faut se dévisser le cou pour bien profiter du spectacle, PostAp n’est pas mal placé non plus. 

Donc bienvenue au spectacle. Et laissez-nous vous y tenir la main.

Hein ? Les toilettes ? Au fond à gauche. C’est du compost. 

Comme nos tête, putain.