Une semaine sur Terre

journée terre info environnement
© Imat Bagja Gumilar / Unsplash

En 2021, notre planète célèbre une journée de la Terre particulière. En raison, bien sûr, du sommet virtuel sur le climat organisé par les États-Unis et des ambitions affichées par Joe Biden pour enfin, peut-être, espérons, sait-on jamais, faire entrer son pays, et entraîner le monde, dans la transition énergétique si indispensable à notre avenir.

Les yeux grands ouverts face aux périls comme aux espoirs, nous avons enfilé nos chaussures à semelles de vent pour prendre le pouls d’une planète qui bouge. Agitée par ses derniers spasmes… Ou son réveil prochain.

16 avril, Allemagne : 50 millions de ballons pour sauver l’humanité

Ce 16 avril, la startup israélienne High Hopes a procédé en Allemagne au premier vol d’essai de ses ballons magiques. Le projet, d’une simplicité biblique, n’a pas d’autre objectif que de sauver le monde du terrifiant climat dans lequel s’est engagé l’humanité ces dernières décennies.

Pour cela, High Hopes prévoit tout simplement d’aspirer le dioxyde de carbone de l’air. A priori, rien de très neuf : de nombreuses méthodes de capture du CO2, aux fins de stockage sur Terre plutôt que dans l’atmosphère, sont déjà connues et identifiées. Mais comme rien n’est simple, leur principal problème est d’être… très coûteuses en énergie. Le serpent qui se mord la queue, version XXI° siècle.

High Hopes ballons C02
© High Hopes

High Hopes a donc repensé de fond en comble cette stratégie, avec une seule obsession : diminuer au maximum les coûts énergétiques de l’opération. Et a peut-être bien trouvé la solution, testée donc la semaine dernière. “Il y a un an et demi”, a raconté à Fast Company Nadav Mansdorf, le cofondateur de l’entreprise, “j’ai reçu un appel à quatre heures du matin. Ma femme a eu très peur. Mais au bout du fil, c’était Eran (Oren, désormais second cofondateur et responsable scientifique de High Hopes, Ndlr). Il m’a dit : “Oh mon Dieu, j’ai trouvé la solution au plus gros problème du monde !”

Envoyés à 15 kilomètres d’altitude, les ballons de High Hopes atteignent une zone de l’atmosphère où la température descend à 70 degrés en-dessous de zéro. Or, à – 80° C, le CO2 gèle et flotte, sous une forme rappelant les flocons de neige, librement au-dessus de nos têtes. Ainsi, les ballons embarquent ce qui n’est au fond qu’un réfrigérateur, refroidissent l’air à la température ad hoc et aspirant le CO2, poussé par le vent, donc sans dépense énergétique supplémentaire, avant de le ramener au sol pour le stocker. Chaque appareil peut flotter huit à dix heures d’affilée, et capturer une tonne métrique de CO2 par jour. Pour, comme le dit Nadav Mansdorf, résoudre “le plus gros problème du monde”, il en faudra un paquet. 50 millions pour compenser les émissions mondiales annuelles.

22 avril, Costa Rica : un traité international pour protéger les défenseurs de l’environnement

On peut mourir de défendre l’écologie. En 2018, l’ONG Global Witness a compté, dans son rapport Enemies of the State, 164 personnes tuées pour avoir voulu protéger l’environnement. La moitié d’entre elles vivaient, et luttaient, en Amérique Latine, ce qui rend particulièrement important l’accord d’Escazú, baptisé du nom du district costaricain où il a vu le jour en 2018, et qui entre en vigueur ce 22 avril. 24 pays de la région l’ont déjà signé, et 12 l’ont ratifié, dont le Mexique, l’Argentine, l’Équateur et la Bolivie.

Son point-clé est la mise à disposition, de façon simple, unique et publique, de l’intégralité des données concernant les périls écologiques au sein des pays : rapports gouvernementaux, listes de zones polluées, textes de lois en vigueur, régulations environnementales… Mais le traité engage aussi les pays qui l’ont rejoint à publier, systématiquement, des résumés non techniques de tout projet environnemental et, surtout, “à procurer un environnement sûr à toute personne, groupe ou organisation qui promeut et défend les droits humains et les questions environnementales, pour leur permettre d’agir sans menaces, ni restrictions, ni dangers.” Un premier pas dans la résolution d’un drame majeur de notre époque. Et son article 1, qui définit son objectif, fait à vrai dire à lui seul rêver :

“Garantir la mise en œuvre pleine et effective, en Amérique Latine et dans les Caraïbes, des droits d’accès à l’information environnementale, ainsi que de la participation du public aux processus de décision concernant l’environnement, de l’accès à la justice en matière environnementale, et de la création, et la consolidation, de méthodes de coopération, pour contribuer à la protection du droit de chaque personne, des générations présentes et futures, à vivre dans un environnement sain et un développement durable.”

Sans commentaires.

20 avril, États-Unis : le principal syndicat de mineurs américain favorable à la transition énergétique

C’est officiel : le syndicat des travailleurs miniers d’Amérique du Nord (United Mine Workers of America, UMWA), se résout à abandonner le charbon, et annonce officiellement soutenir les investissements gouvernementaux dans le développement massif des énergies renouvelables prévu par le plan Biden (qui doit encore être, rappelons-le, ratifié par le Congrès).

Ils ne demandent, en contrepartie, qu’un effort tout aussi ambitieux de formation, pour que les mineurs puissent se reconvertir et ne pas simplement se retrouver au chômage. Il serait temps : en dix ans, la moitié des emplois du secteur se sont évaporés, passant 86 000 à 44 000, à mesure que les États s’écartent de cette source d’énergie polluante et dangereuse.

20 avril, États-Unis : la Terre s’approprie le plastique

L’humoriste et Saint-Patron de PostAp, George Carlin, n’avait peut-être pas tort quand, en 1992, il affirmait :

“La planète sera là pendant très, très, très longtemps après notre disparition. Elle se soignera toute seule, elle se nettoiera toute seule, parce que c’est ce qu’elle fait : c’est un système qui s’auto-régule. L’air et l’eau vont récupérer, le sol sera renouvelé et, s’il est vrai que le plastique n’est pas biodégradable, eh bien, la planète va simplement l’incorporer dans un nouveau paradigme : “Terre + Plastique”. Contrairement à nous, la Terre n’a pas de préjugés sur le plastique. Il vient des fossiles, après tout. Pour elle, ce n’est sans doute qu’un enfant de plus. Peut-être même est-ce la seule raison pour laquelle elle nous a laissé apparaître : elle voulait du plastique. Elle ne savait pas en fabriquer, elle avait besoin de nous. C’est peut-être la réponse à la question millénaire “Pourquoi sommes-nous là ? – Pour le plastique, crétins.”

Car c’est l’une des mauvaises nouvelles de la semaine (avec le fait que Mexico s’enfonce irrémédiablement dans le sol, que 4 Américains sur 10 respirent un air pourri, que la Turquie se troue et que la majorité des grandes entreprises mondiales sont en retard dans leurs plans climats) : le plastique semble devenu une composante à part entière de notre planète, et il va sans doute le rester. C’est du moins le résultat d’une étude de l’université du Colorado parue cette semaine dans la revue PNAS (Proceedings of the National Academy of Science of the United States of America) : “les particules de microplastique et de fibres générées par la décomposition et la mauvaise gestion des déchets sont désormais si fréquents qu’ils circulent sur Terre d’une manière qui rappelle les autres cycles biochimiques.”, résument les auteurs dans l’introduction à leur papier.

En résumé, les particules peuvent rester dans l’air jusqu’à une semaine, ce qui est suffisant pour qu’elles traversent les continents. Conséquence : du plastique désormais, il y en a partout. Sur tous les continents, y compris l’Antarctique. Dans toutes les zones des tous les continents. Sur le sol des parcs nationaux. Dans les océans. Dans les villes. Dans les déserts. Dans les forêts. Dans les steppes. Dans le vent. Dans les animaux. Et dans nos poumons.

Espérons donc qu’en effet, la Terre aime le plastique. Et qu’elle ne s’en lassera pas de sitôt.