On sait que la mauvaise qualité de l’air affecte notre santé physique en favorisant l’apparition de maladies respiratoires, cardio-vasculaires et cancers, mais des études récentes révèlent qu’elle entraîne également un déclin de l’intelligence et des facultés cognitives.

Plus étonnant encore, les crimes pourraient se multiplier à cause d’elle, nous apprend le nouveau projet de la BBC, BBC Future, qui s’est emparé du sujet et a fini d’alarmer nos consciences, pas toujours optimistes quant au déroulement du crash de civilisation en cours.

Dans un article superbement illustré par Emmanuel Lafont, la sous-entité du média britannique revient en profondeur, et en détail, sur les dernières découvertes scientifiques constatant une augmentation de la criminalité à mesure la pollution atmosphérique s’accroît.

Plus de la moitié de la population mondiale vit aujourd’hui dans une zone urbaine et 92 % des habitants de la planète, hommes, femmes et enfants, se trouvent exposés à un seuil de pollution atmosphérique supérieur aux limites fixées par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Capitales congestionnées, villes industrielles noyées sous les amas de fumées… La pollution atmosphérique tue sept millions de personnes par an.

Air Pollution WHO

Au-delà du sujet environnemental et sanitaire, un enjeu sociétal

Les régions du monde les plus polluées sont-elles condamnées à voir se développer une recrudescence du nombre de crimes ? Hélas oui : tout porte à croire que la pollution peut altérer nos capacités de jugement ainsi que notre santé mentale, entraînant de moins bons résultats à l’école et, plus inquiétant encore, un taux de criminalité en hausse.

Une étude de Sefi Roth publiée en 2018 analysant 600 circonscriptions londoniennes a montré que les actes de petit banditisme sont en hausse dans les quartiers pollués, y compris ceux qui présentent des index de pollution modérés. Même des niveaux de pollution définis comme « bons » par l’Agence américaine de protection environnementale ont été corrélés à une hausse de la délinquance. Un autre travail menée par Jackson Lu du MIT (basée sur l’observation de 9,000 villes aux Etats-Unis sur une période de neuf ans) fait la corrélation entre pollution et augmentation de crimes dont viols et meurtres.

Diana Younan, chercheuse à l’Université de Californie du Sud, a elle aussi étudié l’impact d’une exposition prolongée aux particules PM2 sur une période de douze ans : les comportements criminels sont là aussi plus nombreux dans les quartiers à plus forte concentration de particules fines.

Les chercheurs évacuent les autres biais de confirmation possibles (comme l’hypothèse selon laquelle pauvreté et autres sources potentielles de délinquance seraient de facto localisées aux mêmes endroits que la pollution, faisant de leurs résultats la découverte une coïncidence plus qu’une cause) : la pollution augmente le nombre de crimes dans les villes les plus polluées.


Le comique Jonathan Pie sur le mouvement Extinction Rebellion et sa dernière action londonienne de désobéissance civile, le 18 avril dernier.

En cause : une inflammation des cellules du cerveau

L’exposition prolongée à certains polluants peut être à l’origine d’inflammations du cerveau et d’une dégénérescence neuronale. Les concentrations élevées de particules que nous respirons dans nos villes endommagent le lobe préfrontal, lequel joue un rôle primordial pour contrôler nos pulsions et la maîtrise de soi.

Celles et ceux qui vivent dans ces villes polluées voient leur anxiété augmenter, leur niveau de concentration diminuer, et leurs capacités intellectuelles altérées. C’est le constat dont font part trois chercheurs chinois en août 2018 dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences : absorber des particules fines augmente le risque de développer des troubles mentaux.

À la London School of Economics, Sefi Roth, révèle de son côté que vivre dans une ville polluée fait décliner l’intelligence, en diminuant les facultés cognitives des élèves et adolescents. Il a mis en évidence que les élèves étaient plus susceptibles d’échouer à leurs examens les jours de haute concentration de particules, et d’obtenir de meilleurs résultats aux examens les jours d’air pur.

L’impact sur le long-terme pour ces étudiants est problématique. Certains se sont trouvés privés d’une perspective de carrière et d’une rémunération attractive, précisément lié au fait qu’ils aient échoués à cet examen décisif pour leur entrée à l’université, qui a eu lieu un jour de haute pollution.

Abattre la pollution de l’air

En ce qui concerne la régulation, les législateurs se heurtent à certains obstacles – la corruption à Mexico, la volonté de l’Inde de faire passer son développement avant les préoccupations environnementales ou le Lobby de l’industrie automobile en Allemagne, trois exemples mis en valeur en 2016 par le documentaire Irrespirable, des villes au bord de l’asphyxie ? de Delphine Prunault mettait déjà en lumière l’ampleur de la pollution. Et en France, quel est le problème ? On vous laisse en juger…


 
Fin février dernier, un énième pic de pollution aux particules fines s’est abattu sur Paris et Lille. En 2018, cette dernière a dépassé 60 fois le seuil journalier maximum de particules fines —pour l’OMS cela ne devrait pas arriver plus de… trois fois par an.

La réponse est dans vos mains, dans nos mains. Dans son dernier ouvrage, Perdre la Terre. Une histoire de notre temps, le journaliste américain Nathaniel Rich raconte les trente années perdues, en 1990 et 2020, quand tous les projections et conséquences du désastre écologique étaient connues et qu’aucun gouvernement n’a agi avec la puissance exigée par l’ampleur de la catastrophe annoncée.

Perdrons-nous les trente prochaines ? Certes, il est peut-être déjà trop tard mais, pour autant, nous rendrons-nous sans combattre ?