Le voyage interstellaire pose un nombre de problèmes considérables pour la survie des humains à bord. Une solution : des vaisseaux vivants et évolutifs inspirés par la nature.

Doctorant en biologie, Angelo Vermeulen étudie depuis une dizaine d’années l’ingénierie des navettes spatiales à l’Université de Delft, au Pays-Bas. Mais son approche est radicale : elle associe une dimension biologique à la conception des engins.

« Je veux aller plus loin qu’Elon Musk », avance le chercheur. Pour rappel, le fondateur de Tesla et Space X entend conquérir Mars d’ici 2024. Vermeulen vise aussi la planète rouge et a participé à la première mission de simulation de vie sur Mars en 2013 mais ses recherches sont beaucoup plus conceptuelles et visent un futur où l’Homme partirait pour une expédition sans retour. « Dans les voyages interstellaires, nous devrons affronter des défis impossibles à prévoir », expliquait-il, début janvier, au passionnant site Ozy.

Son credo pour survivre à l’inconnu et à l’épuisement des ressources repose sur le biomimétisme, c’est-à-dire des vaisseaux spatiaux inspirés de la nature, qui évoluent donc au cours du temps, à l’image des végétaux ou du monde animal. Un périple au-delà de notre système solaire pourrait en effet prendre des décennies, un siècle peut-être. Les navettes devront pouvoir s’adapter, comme un organisme vivant, en utilisant les matières premières de l’espace. Vermeulen a ainsi modélisé un projet de station spatiale greffée à un astéroïde, qui se passe de carburant, tout en exploitant ses ressources rocheuses, pour un trajet susceptible de durer des centaines d’années. Une telle expédition nécessiterait d’être totalement auto-suffisante, via un éco-système fermé où les déchets sont retransformés : le recyclage comme mode de vie, en somme, ici modélisé en 3D sous sa direction  :


 
La nature est un immense laboratoire : elle évolue et s’adapte depuis 3,7 milliards d’années. L’Agence Spatiale Européenne observe les abeilles en vue de perfectionner les atterrissages lunaires et analyse les systèmes de vision nocturne des insectes ou les capacités des champignons à lutter contre les radiations extrêmes pour se perfectionner, la NASA –toujours selon Ozy– se penche sur une ingénierie inspirée des capacités multi-fonctionnelles de l’organisme humain (la peau nous protège, sert comme un sens à part entière et contribue à la thermo-régulation, tout en même temps). « Nous pourrons produire des systèmes plus résilients, qui pourront gérer toutes sortes de défis […] L’évolution est une puissante procédure d’optimisation », assure Vermeulen, tout en précisant que « l’on ne pourra pas concevoir l’intégralité d’une fusée de cette façon ».

Sur Terre, le biomimétisme s’applique déjà à l’architecture et au design avec des constructions imitant les propriétés énergétiques de la nature, comme ces éoliennes semblables aux nageoires des baleines, ces maisons aux toits en forme d’ailes de libellule, ces murs en pommes de pin s’adaptant à la chaleur, ou ces climatisations naturelles copiées sur les termitières. « Au-delà des défis de conception purs, un engin spatial bio-inspiré peut également permettre à l’Humanité de penser au-delà des conventions existantes », estime Rachel Armstrong, professeure d’architecture expérimentale à l’Université de Newcastle. « Cela soulève des questions sur la façon dont nous vivons sur cette planète, ce que signifie d’habiter l’espace à une époque écologique, par opposition à une époque industrielle. »

Aller dans l’espace pour comprendre comment vivre sur Terre : l’être humain est une espèce formidable.