Édito d’été

Lytton Édito Requiem Poème
CC Wikimedia Commons / Andybremner2012

Requiem pour Lytton

Je regarde ce monde, et je déteste ce monde
Inutile de parler du temps. Il est écrasant.
Il bout.
Il bout là même où la paix fut possible.
Inutile de parler des chefs.
Inutile de parler des serfs.
Inutile de parler d’un pays que seule dirige la pensée magique.

Je hais ce monde, qui fut immobile quand il fallait bouger
Et trépigne désormais, s’agite sans rien agiter
Ma peau vous appartient.
Et mon destin repose entre vos mains.
Mes viscères suivent le cours du temps.
Se désserrent quand vous grandissez,
Et se serrent quand vous serrez les poings.
Tout gît sous le soleil désormais.
Tout meurt si mourir vous plaît
Horizon grâce peine luit ce mot bébés
Il faut voir ne suffit plus contempler

Car l’heure a sonné
Demain sera pire qu’aujourd’hui pour longtemps désormais
Le monde au fond nous vit rire ensemble
Assourdi brûlant tu crames
Et te taisant hurles de ne point hurler

Monde indécent mort
Mort souveraine face à moi dressée
Ton drapeau m’a fait chanter
Mort souveraine face à moi dressée

Soutien secours espoir partage
Est tout ce que vous nous avez laissé
Abandon amour chagrin couleurs
Entre vos mains qui ne savent en user

D’amour sage mon tissu est fait
Déchirure intense sur rêves évaporés
Mortel sang de vivre habité
Tueurs noirs que le temps court d’envie niée

Je hais ce monde qui triomphe quand j’ai lutté
Qui face à moi s’envola quand le temps du deuil je pris
Crêpe noire, bourgeois excédés
Monde sanglant toujours partant pour gronder

Dans nos bras
Mugissant
Hommes femmes et enfants
Vous féroces pillez

Vous féroces
Bêtes d’or et d’acier
Nos enfants déformez
Pour d’un tort inconnu retrouver la pitié

Sans même savoir
Ce qui une vie bâtit
Une vie toute une vie
Vous nous tuerez

Rois des cendres
Mères des neiges
Princes et princesses d’envie consumés
Vous avez gagné
Nés de l’opprobre indifférents
Indifférentes
Au moins vous mourez
Orgueils odieux
Rouez les âmes puisque c’est cela que vous aimez
Orgueils odieux
Vous avez gagné

Retour au pays natal
Tribus combat maladresse identité
Sans victoire sans demain sans même un
Négligé

Source horizon sagesse infinité
Source horizon sagesse infinité

Julien Millanvoye est écrivain et fondateur de PostAp Magazine. Dernier ouvrage : "J'ai un métier !" (Editions Globe).

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