Non seulement les généticiens ont réussi à créer un éléphant rose, mais de plus il est minuscule et phosphorescent.

L’idée prête à sourire, mais l’auteur suisse arrive de cette simple plaisanterie de pochtron à tricoter un ouvrage dont on ne sait trop s’il faut le classer entre le conte philosophique ou le thriller. Ce qui est sûr c’est que chez Suter le monde est manichéen : les gentils sont vraiment des sucres d’orge et les méchants sont d’immondes personnages guidés par la gloire et l’argent.

Le pachyderme de poche échappe à ses vils créateurs et est trouvé par un SDF en pleine gueule de bois.

C’est une farce qui commence, on s’apprête à rire de la course folle qui va suivre et des explications ahurissantes qui précède cette scène d’ouverture. Et puis non. Enfin si. Mais pas vraiment.

Éléphant est documenté et pas qu’un peu. Au gré de chapitres courts, galopant entre des flash-back pas si lointains, une histoire d’amour de cinéma Hollywoodien et des relations homme-animal pas ordinaires, il égrène les questionnements éthiques qui finissent par ne plus se planquer tant que ça. Sous des dehors de lecture facile, Martin Suter fournit des raisons de s’interroger sur la capacité de la science, les limites des manipulations génétiques, l’existence des scrupules pour fabriquer le monde de demain, les conditions de vie des laissés-pour-compte d’aujourd’hui…

Ça n’a l’air de rien, puis sous des dehors de pas grand-chose ça laisse une grande impression.
Alors c’est le plus sérieusement du monde que l’on peut répéter : non seulement les généticiens ont réussi à créer un éléphant rose, mais de plus il est minuscule et fluorescent.
Et tout de suite, on n’a plus tout à fait envie de rire.

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