C’est un livre qui remue, gifle, enquille les coups de poings et les uppercuts. Cela part de tous les côtés, on se mange les mandales en plein dans la part de vrai, au milieu de la part de fiction, pile dans les actions des hommes,  au centre de celles du protagoniste principal. Rien n’est joli là-dedans, rien sinon l’écriture de Camille Brunel, incisive, sans concessions, belle dans la forme et acide dans le fond. Ça prend aux tripes, au cerveau, à la trouille et à la honte.

Dans un futur proche, très proche, trop proche, Isaac, jeune français militant animaliste n’envisage plus qu’une solution. Tous les discours politiques, les organisations, les sociétés protectrices ayant échoué, il décide de transformer sa cause en terrorisme, massacrant les équipages de baleiniers, exécutant les braconniers, exterminant sans pitié autour du monde tous les représentants humains qui, par profit, loisir sadique ou système inique, déciment les animaux. Et il a du boulot. Cruel assassin qui en choisit d’autres pour proies, ce Dexter particulier nous lègue un inconfort. On oscille entre l’effroi et l’effroi, le même en fait, c’est juste le camp qui change. Effroi de ce qu’il fait, de ce que l’humanité a fait, de ce que nous-mêmes sommes capables de faire. Isaac a des émules, son radicalisme s’étend, il tient des conférences et le ton donné devient général. Mais l’Homme demeure ce qu’il est, désespérément, et un combat cruel provoque continuellement le courant adverse, tout aussi répugnant.

Il n’y a dans La Guérilla des Animaux aucune issue, à peine quelques respirations. Au delà de la dystopie sonne un écho coupable, notre horreur participative qui nous regarde dans les yeux. Que l’on soit sensible à la cause animale ou non, cette guerre fait réfléchir à bien plus d’un titre. Un livre écrit comme une urgence, un signal d’alarme qui nous vrille les bides.
Coups de poings. Uppercuts. K.O.

« Ne répète à personne ce que je vais te dire, mais écoute-le bien: la vie sauvage n’est pas en train de s’éteindre, elle est éteinte. Il y a deux cents ans, la biomasse de la Terre était majoritairement constituée de vie sauvage. Bisons plein le Midwest, phoques sur le littoral français, oiseaux dans les villages de Bali… Cette vie sauvage constitue désormais l’exception. On ne se bat plus pour la restaurer – pour ça il faudrait des siècles, et des forces telles qu’elles ne sauraient dépendre de notre piètre désir de bipèdes – mais pour en retarder l’extinction. À l’échelle de la vie sur Terre, c’est comme si l’espèce humaine était déjà seule, et les forêts toutes mortes. Dans une cinquantaine d’années, maximum, ce sera officiel.
— Et les extraterrestres ?
— Ils ne nous aimeront pas. »
(La Guérilla des Animaux, page 39)

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