La librairie

La Maison des feuilles – Mark Z. Danielewski

C’est un roman culte, un incontournable de la culture underground pour les uns, la pièce majeure du roman d’horreur existentialiste pour les autres. C’est tout ce que l’on voudra, mais c’est surtout bien plus qu’un livre.
La Maison des feuilles est un objet à part entière, construite de pages à l’épaisseur bible, solide pourtant, carrée, pivotante, faite de briques d’histoires dans l’histoire dans l’histoire de l’histoire, montée de murs de mots parfois, de murs de pages blanches d’autres fois, avec des portes de travers ou de côté, au milieu de nombreuses colonnes, de typos variées et de sorties multiples… On tourne l’ouvrage, on penche la tête, on revient en arrière, on s’y perd. On est plongé dans l’exact labyrinthe qu’il décrit.

C’est le livre d’un livre d’un film, ce serait là le résumé le plus court que l’on pourrait en faire, mais il faudrait en souligner le côté absolument, totalement et indiscutablement incomplet. La description qui suit va donc l’être, mais dans ce bas monde nul n’est capable de narrer ce pavé ovniesque.

Johnny vit à Los Angeles, bosse dans une boutique de tatouages, est un gars moyen avec pas mal de déboires sentimentaux et est appelé par un ami pour vider l’appartement d’un dénommé Zampano, un vieil aveugle qui vient de mourir. Il y trouve un manuscrit et décide d’en assembler et d’en réordonner toutes les parties pour en faire un livre agrémenté de notes sur sa propre vie du moment. Celui que l’on lit. Ou que l’on croit lire.

Le manuscrit signé Zampano est en fait l’étude d’un film qui se partage sous le manteau, un documentaire d’un retentissement mondial qui aurait marqué les plus grands intellectuels et créateurs, que de nombreux ouvrages d’influences évoqueraient, sur lequel pléthores de débats s’affronteraient. Extraits, citations, interviews à l’appui (De Stephen King à J. Derrida)

Ce documentaire est intitulé The Navidson Record. Will Navidson est un photo reporter célèbre et a tourné le film en question à partir du moment où il a relevé un phénomène étrange à propos de sa nouvelle habitation en Virginie : la maison est plus grande à l’intérieur qu’à l’extérieur. Au début il s’agit de quelques pouces seulement mais au fur et à mesure l’expansion devient terrifiante. Lorsqu’un couloir sombre apparait dans son salon, il décide de l’explorer caméra au poing. Il faudra une expédition de plusieurs hommes pour plonger dans le labyrinthe sur lequel il débouche et y trouver le froid, la bestialité, la folie.

Annotations d’annotations, notes de fin de pages se transformant en pages complètes, lettres d’archive, nota bene d’éditeurs, encadrés de listes, on se repère malgré soi dans divers récits aux tons très différents cousus en un seul. On devient l’exact protagoniste du film documentaire de Navidson, tournant à droite, faisant face à un cul de sac, tâtonnant avant d’avancer. La Maison des feuilles devient plus qu’une lecture, elle devient aussi sensation physique.

Mais tout ce que l’on pourrait en dire n’est rien. Ici il n’y a pas de fil d’Ariane, il n’y a que les directions qui sont toutes en même temps, des indices, des codes, des détails que Mark Z. Danielewski a tissé sans s’embarrasser de limites, qu’elles soient dans les genres, les possibilités, les habitudes, les compréhensions. Il y a là dedans du sourire, de l’absurde, de la terreur, de la philosophie, de la satire.
Rien que pour son extraordinaire traduction en français, Christophe Claro a reçu un prix de la Société Des Gens de Lettres de France en 2003, c’est dire.

Danielewski a mis des années avant de construire cet objet incroyable, douze selon certains, quatre selon d’autres, la vérité doit être au centre.
Comme dans ce labyrinthe.
Même si vérité est mensonge.

Deux conseils cependant : Il faut absolument privilégier le grand format, une version poche parait une hérésie ahurissante pour cet ouvrage et risque fort d’être réellement indigeste. C’est un objet vous disait-on.
Et mieux vaut être un très bon lecteur pour se lancer dans l’aventure. Ceux qui arrivent jusqu’au bout partagent une complicité étrange quand ils en parlent, ils s’accueillent toujours avec des yeux qui s’allument en s’exclamant « Ah tu en fais partie toi aussi ! ». Vérifiez.

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