Si vous n’aimez pas les histoires de dragons, de lutins et de fées, ne vous en faites pas. L’auteur avoue dans sa postface ne pas les apprécier non plus. Il y a dans son titre et la classification “Fantasy” un trompe-l’à priori vite révélé à la lecture.

En réalité il s’agit ici du recueil de six longues nouvelles (ou courts romans, comme on voudra) écrites par Lucius Shepard entre 1984 et 2011. Ce sont les éditions Le Belial’ qui avaient eu la grande idée de les réunir pour la première fois et ce trois ans avant la mort de l’auteur américain. Preuve en est le dernier récit intitulé “Le crâne” qui s’écrivait en même temps que les cinq premiers se traduisaient (traduction d’ailleurs assez magistrale, il faut bien l’avouer.)

Le fil rouge entre toutes ces histoires est un dragon il est vrai, mais pas tel qu’on peut l’imaginer. Du nom de Griaule, de mensurations absolument colossales, il est pétrifié depuis de très nombreux siècles et s’est incrusté dans les collines du paysage, dans un pays du Sud d’une réalité légèrement décalée de la nôtre. Les arbres lui poussent sur le dos, les flancs, son corps entier est devenu mont, seule sa tête dépasse en partie. On dit pourtant que Griaule n’est pas mort, que son cœur bat une fois tous les mille ans. On dit également qu’il influence l’état d’esprit des habitants qui vivent en son contrebas, et évidemment pas de la meilleure des manières.

La première nouvelle se déroule en 1853, la dernière est située de nos jours, toutes au même endroit, à une exception près : l’ultime. De tons divers, de genres différents, on suit intrinsèquement l’évolution de l’écriture de Shepard au cours des presque trente années qui séparent la première ligne de la dernière. Au gré de sa plume on se plonge dans des ambiances  tantôt d’aventures, de fantastique ou de polar, mais toutes avec un fond d’étrangeté et de noirceur.
Et pourtant on ne peut s’empêcher d’y trouver également de la malice. Ne serait-ce que par la métaphore politique sous jacente, l’image d’un peuple dont le libre arbitre serait corrompu par un pouvoir qui fait mine de rien, le frôlement de l’esprit d’une dictature qui jouerait un dragon pas si endormi.

Pierre incontournable des amateurs de littérature de l’imaginaire, le Dragon Griaule est considéré comme l’œuvre majeure d’un Lucius Shepard qui va décidément nous manquer.

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