Une petite édition spéciale pour, à l’issue d’une rentrée bien pénible, s’informer différemment .

Édito

Ce fut une rentrée bien lourde, non ? Heureusement que nous avons la blague de tout mettre sur 2020 pour nous remettre, et nous bercer de l’illusion, encore un peu, que tout ça, c’est la faute à pas de chance, et non la conséquence de politiques économiques, sociales, sanitaires, internationales et environnementales prolongées avec constance depuis des décennies (et qui étaient dénoncées, expliquées, disséquées, analysées et déplorées depuis au moins le nouveau siècle).

Un reproche couramment adressé aux altermondialistes mentionnés ci-dessus, c’était de “jouer les Cassandre”. Critique d’autant plus amusante que, rappelons-le, cette dernière était bel et bien une vraie prophétesse —pas dans le sens où elle aurait réellement existé, bien entendu, mais dans celui où, maudite par Apollon lui-même, elle avait le don exact de divination et annonçait le futur à coup sûr, tel qu’il serait ; simplement sa malédiction consistait en ceci qu’elle ne serait jamais crue, quoi qu’elle dise, et toute pertinente qu’elle fut.

Ou, pour le dire autrement, dans son cas, les cons, c’était vraiment les autres. Pas elle. Les victimes aveuglées de dieux égoïstes, et pourtant se croyant libres, c’était bien ceux qui reprochaient à Cassandre de leur annoncer exactement ce qui les attendait. Et reprocher à quiconque de “jouer les Cassandre” c’est se mettre, de facto, dans ce cas-là.

Alors, puisqu’il faut reconstruire le monde du tout au tout, pourrons-nous le refaire différent ? Peut-on envisager une Terre où l’attention, et les voix les plus bruyantes, se porteraient sur ce qui nous tue vraiment, et non sur les distractions habituelles des sociétés et des pouvoirs ?

Pour le savoir, nous avons posé la question à Cassandre, via un canal privé que nous entretenons avec les êtres mythologiques. Elle nous a répondu que non, ce ne serait pas possible, rien ne change, jamais, chez les humains.

Nous refusons d’y croire.

Nous n’y croirons pas.

Météo

Depuis le confinement, vous le savez peut-être, David Lynch nous livre avec une régularité de métronome son bulletin météorologique quotidien. Oui oui, le réalisateur de Blue Velvet, Eraserhead et Mulholland Drive, le roi de la méditation transcendantale lui-même, nous annonce chaque matin, depuis son bureau à Los Angeles et avec le plus grand sérieux, le temps qu’il fait et la température prévue.

Nous sommes donc ravis d’accueillir ici ses dernières prévisions.

Pour les non anglophones, résumons : à Los Angeles, la température est plutôt agréable, et il devrait faire beau, s’il n’y avait pas la fumée des feux de forêts pour masquer le soleil.

Réclame

Faisons honneur à la presse en commençant, comme il se doit, cette édition spéciale par une publicité. Oh rassurez-vous, totalement gratuite : PostAp ne touche pas un centime de Hotels.com pour relayer leur dernière opération de communication ; on le fait juste parce que ça nous fait marrer (n’hésitez d’ailleurs pas à nous soutenir sur Tipeee pour nous aider à préserver cette intégrité qui fait tout le sel du métier).

Mais la semaine nationale de l’aérospatiale vient tout juste de se conclure aux États-Unis et le portail de réservation en ligne a trouvé un joli moyen de nous inciter au rêve et au voyage, en ces temps de quarantaine internationale, avec la création de “Un petit pas pour les hôtels”, un site dédié à la location de chambres et séjours dans les futurs hôtels spatiaux.

Ces images sont bien sûr un peu optimistes : les futurs hébergements galactiques devraient ressembler un peu plus à un sous-marin. Toutefois, Hotels.com a le bon goût d’ajouter à l’opération un jeu-concours permettant, si l’un de vos prénoms ou si votre nom est similaire à celui d’une planète du système solaire, de remporter 20 bons d’achat de 250 $, à utiliser pour des réservations bien terrestres, elles. Comment ? Que dis-tu, Neptune ? Tu veux jouer ? Attention : c’est jusqu’au 22 septembre, réservé aux citoyens américains et canadiens, et interdit aux employés de l’entreprise comme à leurs familles.

France

En France, le débat qui traverse la nation, c’est bien entendu de savoir si l’on doit dire “le” ou “la” Covid.

Alors, on va être très clair. Même si nous prenons cette maladie un peu plus au sérieux qu’à son arrivée sur le territoire, nous continuerons à l’appeler le ghrume, parce qu’un nom aussi terne que celui pondu par l’OMS (rappelons que Covid signifie simplement, en anglais, “maladie à coronavirus”) pour une saloperie pareille, on n’arrive pas à s’y faire. À la limite, pourquoi pas, au moins, utiliser une abréviation du français ? Ce qui, du coup, donnerait “malcor”, c’est quand même plus chic, non ? (Et indubitablement féminin, puisqu’on retrouve sans contestation ici l’abréviation du terme “maladie”, et non de son équivalent anglais et neutre).

Covid masculin féminin français
D.R.

Mais si vous vous accrochez au terme Covid, employez le genre qui vous conviendra, étant donné que celui-ci ne s’imposera que par l’usage. C’est lui seul qui tranche et tranchera. Pour l’instant, donc, vous ne pouvez de toute façon pas vous tromper, puisque l’usage, c’est vous.

Certes, l’Académie Française s’est prononcée (contre justement l’usage qui s’imposait). C’est donc l’occasion parfaite pour réviser le travail du linguiste Romain Filstroff sur le sujet et se rappeler que cette institution, sympathique sur le papier, n’a hélas plus grand chose à voir avec ce qu’elle prétend être (attention, la vidéo dure une heure trente, calez vous ça un soir si vous ne l’avez pas déjà vue).

L’édition spéciale continue, avec ses rubriques International et Art de vivre, en page suivante.

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