En Espagne, Au Burger qui n’a pas vécu

Voici "le Burger qui n'a pas pu être" : une initiative de McDonald's Espagne pour soutenir les élevages ruinés par les mégafeux de l'été.

Temps de lecture : 6 minutes
Valence Espagne Mcdonalds soutien élevage
Valence, Espagne © NASA

Aujourd’hui, on va parler de McDo.

Car la firme, vieille de 82 ans, n’a pas perdu sa vista pour faire parler d’elle, avec la création de cette nouvelle recette en Espagne : « le burger n’a pas pu être ».

Celui-ci se veut une réponse aux récents incendies espagnols qui, en ravageant l’est du pays autour de la ville de Valence, ont également dévasté l’activité des agriculteurs, des agricultrices, des éleveurs et des éleveuses… sans qui, donc, pas de viande et, on connaît le refrain : pas de viande, pas de burger.

Mc Donald's le hamburger qui n'a pas pu être
Le « burger qui n’a pas pu être ».
On remarque dans le texte, en bien gros et gras, le nom de la fondation caritative de la marque nommée, sans rire, « Big Good ».
© McDonald’s

Le concept est simple, astucieux : pour 1 euro, vous achetez une boîte à burger vide, noire comme le deuil, noire comme les cendres, noire comme un capitalisme obscène et mortifère qui semble issu d’un rêve de Shub-Niggurath, le bouc au mille chevreaux, alourdi qu’il devait être, ce soir-là, par un repas trop lourd et les chants montant des profondeurs marécageuses de… (pardon pardon, des fois on s’égare). Donc, pour 1 euro, vous obtenez une boîte, noire et vide, assortie d’un texte de solidarité à l’égard des victimes des feux de l’été.

L’essentiel est, bien sûr, que les bénéfices de cette opération sont intégralement reversés à la coopérative agricole locale Cobadu sans qui, justement, les burgers ne pourraient pas exister.

La publicité pour le hamburger qui n’a pas pu être.
Quelle finesse.

Le burger qui n’a pas pu exister vivra trois semaines, et à cela s’ajoutera un don de 50 000 euros à la coopérative Cobadu, « née de l’espoir d’une poignée de braves, et devenue la plus importante de Castille-et-León », comme elle se présente sur son site (sous une belle photo de son président, Florentino Mangas Blanco, 87 ans).

Après le greenwashing, le warm washing

Alors, bien sûr, les hommes et les femmes qui élèvent le bétail de Castille-et-León ont besoin d’argent pour vivre et de vivre pour… ne pas mourir. Bien sûr, on peut saluer la finesse du coup marketing, sans reprocher au clown vorace de profiter de l’occasion pour se faire un peu de pub : c’est de bonne guerre. Bien sûr, cet argent est réel, et aidera. Et bien sûr, il faudrait d’autres compétences en gestion de fortune que les nôtres pour savoir si ces 50 000 euros (sur les près de 6 milliards de bénéfices nets de la marque en 2018) sont, à l’échelle considérée, une grosse ou une petite somme. Et surtout, on peut approuver la solidarité nationale à l’œuvre, qui permet d’aider les fermes du pays… sans même avaler l’ombre d’un Big Mac.

Mais il est difficile d’oublier que l’élevage bovin émet plus de gaz à effet de serre que les transports, selon les Nations Unies, et que ce sont justement ces gaz qui sont responsables de l’augmentation en nombre et en intensité des incendies d’été, partout dans le monde.

Aussi, notre propos n’est pas de broder sur les promesses écolos de McDo face au mur de la réalité, malgré ses annonces déterminées. Ou sur l’impasse infernale dans laquelle se retrouvent éleveurs et éleveuses, certainement, pour la plupart, OK pour ne pas rendre leur propre pays littéralement inhabitable.

Juste de remarquer ce sur quoi se referment les mâchoires du piège dans lequel s’est fourré le monde : sur un burger qui n’existe pas.

Instagram McDo Burger élevage
La page Instagram en août 2022 de McDonald’s Espagne : un hamburger qui n’a pas pu exister, des frites NFT, une femme qui plonge dans un cornetto, des cœurs pour le jour de l’amitié, plus de frites NFT et le teaser d’un futur jeu-concours.

Que vous aimiez les burgers ou non, n’hésitez pas à cliquer ici pour découvrir sur notre site le burger végétarien qui saigne, ou là, pour partir à la découverte du Bliss Point, dans notre gonzo-reportage au cœur du Kentucky.

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