Mode d’emploi de la Playlist : C’est plutôt un mix, en vérité, mais où on laisse les chansons en entier. N’hésitez donc pas à en passer une dès qu’elle ennuie, à écouter tranquillement en feuilletant le magazine, ou à en faire absolument ce que vous voulez.


 
Certains pensent qu’une saveur estivale davantage qu’hivernale colore cette playlist. Ils ont raison.

Il y a plusieurs raisons à cela : tout d’abord, et hormis les tubes tropicaux et autres exceptions marketing, les musiciens composent rarement dans l’objectif de produire des musiques de saison. Il se peut donc que vous soyez simplement accro à l’été, félicitations mais pensez à vous couvrir, surtout par les temps qui courent ! Cela peut également provenir d’un glissement de températures ou du fait que dans nos bureaux, le thermostat est bloqué sur 37°C pour nous habituer au réchauffement global.

À moins, tout simplement, que vous n’ayez envie de laisser votre pensée vagabonder vers des lendemains qui chanteraient, plutôt que déchanter.

Tout commença lors d’un récent apéro style « terrasses de Toussaint », lorsque germa l’idée de cette nouvelle sélection. Julien (le boss de PostAp), après avoir commandé une tournée de blondes bien fraiches, sembla se souvenir brutalement : « On n’était pas censé concevoir des playlists plus régulièrement ? ». Ce à quoi Arno (le stagiaire qui ne voulait plus repartir) fit remarquer : « Faire du régulier certes, mais là, franchement, si l’on veut être raccord avec tout ce qui se passe en ce moment, ça pourrait être plus malin d’être à contre-pied, non ? ».

Après avoir demandé que l’on remplace le popcorn par des cacahuètes salées et qu’on lui apporte enfin un ballon de rouge pas trop frais, Marjorie (Responsable du Podcast et de la Libraire) s’exprime à son tour : « Pas faux… D’ailleurs, dans cette dynamique de contre-courant, il serait bon que l’on se penche enfin sur le contrat d’Arno, vu que son stage de six mois a débuté il y a environ deux ans ! On est tous d’accord pour dire que c’est un bon stagiaire, ce n’est peut-être pas une raison pour qu’il le soit indéfiniment… ».

Tout le monde acquiesce, une date est même calée pour finaliser l’embauche à temps partiel d’Arno, depuis reportée sine die pour attendre de voir de près les annonces gouvernementales et leurs conséquences administratives. La discussion s’enchaîne alors sur les mérites comparés, en termes de clarté, du formulaire 27B de défiscalisation des stocks de nourriture lyophilisés et du 41-A sur la prime d’inactivité, qui n’existent pas encore mais le devraient. Cyprien dans son coin, muet, sirote son Yogi Tea avec un sourire et des écouteurs fichés dans les oreilles. « Tu écoutes quoi ? », lui demande Arno comme le jeune qu’il est ; l’intéressé sourit et répond : « La playlist… Tu veux écouter ? ».


 
Après avoir déposé un haut parleur bluetooth dernier cri (et c’est vrai que ça gueule ces engins) sur la table du bistrot en précisant : « On va pas se la jouer reggaeton mais j’ai préparé un truc trop stylé », Cyprien passe les morceaux en revue. L’ouverture se fait avec Your Cocoon, extrait de l’album Like a Baby de Jerry Paper, dont le vrai nom est Lucas Nathan.

Originaire de Los Angeles, il a fui les sirènes scientologues et mormones pour se consacrer à la musique et créer Jerry Paper, un personnage un peu décalé mais pas trop, et sensiblement féru d’existentialisme. Entre électronique et acoustique, sa pop synthétique est signée chez Stones Throw, et le disque est produit par Matthew Tavares. Parfait pour les amateurs d’ironie et d’ambiances pop infusées au romarin jazzy.

Album Like a Baby

Pochette de l’album Like a Baby DR Jerry Paper

 
Un type, visiblement attiré par le sound system, suggère à l’ensemble de la rédaction d’acquérir quelques grammes d’herbe déTHCisée, Cyprien négocie la transaction à 0,013 Bitcoin, le mec fait la grimace.« Allez, je t’ajoute une copie MP3 de « My House Of Grass », de The Potted Palm? » tente notre expert musical. Apparemment pas mélomane, il s’éloigne et agite les bras en direction d’un groupe d’étudiants.

Il aurait mieux fait de nous proposer un potager hydroponique.

La sélection défile jusqu’à la reprise du mythique Speaking In Tongues de Sheila Chandra, retravaillée version piano jazz par Richard Schunk, un peu à la manière d’un Mono Neon ou d’un Chassol, ces musiciens qui harmonisent ou orchestrent le réel, la vie, à partir d’une image qui produit un son. Yann (notre Editor at large) propose alors que l’on essaie, durant quelques minutes, d’harmoniser sur le mode free jazz vocal ce que vient de dire le serveur : « Je vais devoir encaisser votre commande, je termine mon service… ». Les filles de la table voisine n’attendaient que ça pour enfin danser.

Meilleurs moments : les vocalises collectives, et des titres également plébicités par les clients de la terrasse, comme Into my life de Ron Basejam, Echo Echo Echo de Ouvala, Creators Of Rain de Keshavara, ou encore Aloha Miami de The Dreams…

Moment moins drôle : quand Cyprien, prétexant un sujet sur la vampirologie, a passé trois fois de suite Dracula Express Elevator, du Polonais Grupa Etyka Kurpina, Aka Adam Frankiewicz.

Le regard alors de Julien se voile. « J’ai appris une triste nouvelle », confie-t-il enfin, et l’on se demande s’il va nous apprendre qu’une créature de la nuit s’est récemment infiltrée dans le pays, la capitale, voire le Bunker…

« Hélas non, je dirais qu’elle nous a quittés plutôt… Le Fossoyeur de Films, étant parvenu au bout de sa quête du film de genre ultime, a déposé sa pelle et clôt sa série. »

Comme nous pensons, chers lecteurs, chères lectrices, autant à vos oreilles qu’à vos yeux, voici donc, en bonus, la playlist YouTube intégrale de ce cinéphile averti.

Pour notre part, à ce moment-là, sans plus nous soucier de cet étrange grondement qui montait de partout comme émanant d’une foule en colère, debout dans le froid, avec les filles de la table d’à côté et le dealer délaissant un instant sa recherche Google « Produire pommes de terre bio facile pas cher », nous bûmes une gorgée silencieusement. En la mémoire du Fossoyeur et en son avenir, avant de vider par terre le reste de nos verres et ainsi les larmes des copains.
 

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