Paris Plage dès le mois d’avril et pétanque en sous-sol, c’est la playlist du printemps

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Playlist Postap Magazine Mars

« Paris Plage dès le mois d’avril ? ». La question, si elle n’a pas encore été posée à la mairie de Paris, mobilise tout de même une bonne partie des neurones de la rédaction, à un point tel que certains sortent régulièrement du Bunker pour collecter des infos, comme la température de l’eau, des comparatifs de prix sur le mobilier de plage… C’est notamment lors de l’une de ces virées que cette nouvelle playlist voit le jour.

Ce matin-là, l’enceinte Bluetooth de la salle commune libère la voix soul de Durand Jones. Il chante « Morning in America » au moment où les dernières images qui nous parviennent d’Amérique sont glaciales : il fait froid sur la côte Est et politiquement, c’est, pour ainsi dire, assez saisissant… Il n’en faut pas davantage à la rédaction pour se dire que trop d’info tue l’info, et que le moment est parfaitement choisi pour une excursion.

Après quelques dizaines de minutes de marche le long de la Seine, Cyprien ralentit le pas et converse un instant avec une jeune femme, grande, brune, souriante, qui disparaît aussi vite qu’elle est apparue. « Hé les gars ! », dit-il en nous rejoignant, « c’était Sarah Maison ! Elle est partante pour figurer dans notre prochaine playlist, je suis super content ! ». Il lance alors son baladeur numérique, la voix de la chanteuse glisse autour de nous, sa reprise de « La Nuit » de Léo Ferré tourne en boucle.

Soudain, Arno le stagiaire se précipite vers un magasin de sport, attiré par des boules de pétanque étincelantes en vitrine. Prendre la première place au tableau des scores (croyez-nous, si vous comptez vivre dans un bunker un jour, prévoyez vraiment les boules et un terrain de pétanque) est un de ses rêves les plus fous. « Chacun sa route, chacun son chemin », soupire tristement Julien avant de lancer un regard terrifié au DJ du groupe… Qui connaît suffisamment bien maintenant les goûts du patron pour savoir que ce n’était certainement pas un appel à ajouter cette entêtante et monotone mélodie à la playlist du moment.

Pause bancs. Alors qu’Arno range discrètement ses achats et sort deux œufs durs de son bento préparé de la veille, Marjorie observe une voisine et se tord le cou à deviner ce qu’elle lit. Les yeux de Cyprien restent rivés sur son smartphone, ses doigts glissent rapidement, puis il lève enfin la tête :« La playlist est finie ! Je vous préviens, j’ai incorporé pas mal de trucs de chez Music From Memory… On écoute ? »

https://youtu.be/SANEafqL5io

American Love Call est le deuxième album du groupe Durand Jones & the Indications, c’est aussi notre coup de cœur du moment. Sous l’impulsion des chanteurs, la formation évoque Jackie Wilson, Curtis Mayfield ou les Impressions. Leur esthétique est imprégnée d’une rêverie dorée aux années 70.

C’est un disque texturé, de l’écriture aux choeurs en passant par les cordes. Blake Rhein, le guitariste, précise qu’ils abordent leurs chansons de la même façon que les producteurs de hip-hop, et qu’ils s’inspirent aussi bien du folk-rock ou du R & B classique, que de l’album Illmatic de Nas« Est-ce que je m’attendais à faire cette merde une fois sortie de l’université ? Bon sang… », rit Jones, « totalement pas. Mais c’est ce que Dieu me dit de faire, bouger et groover ! »

Album de Durand Jones & The Indications
American Love Call © Durand Jones & The Indications

 

Meilleurs moments : La promenade au bord de l’eau. Et la découverte de Yugen Blakrok, l’une des rares MC sud-africaine, et de Malka Tuti. Mais aussi de certains titres, tels que : Words, de Short Term Memory ; Anoche, de Arca ; Komoma Ya-Ya-Ya, de Miko & Mubare ; Depression, de Sound On Sound ; Cada Día, de Nightfall In Camp ; I Got Moonburnt, de Perio…

Moment moins drôle : Les regards inquiets jetés par les clients du magasin de sport sur notre file indienne disciplinée attendant sur l’escalator d’être menée à bon port.

Cyprien Rose est journaliste, mais aussi DJ et animateur du blog Houz-Motik : "Musique, culture DJ, disque vinyle... Il est parfois question d'Internet, de cinéma et de photographie"